Diane chasseresse
École de Fontainebleau

Trois plans construisent ce tableau : au premier plan, une femme marche et nous regarde, dégageant une sérénité à la fois calme et fragile, avec, dans ses cheveux, un croissant de lune. Elle tient un arc et porte un carquois en bandoulière. Parallèlement à elle, un lévrier qui est au même niveau que sa maîtresse, mais qui va la dépasser. Si la femme marche, le chien court : c'est un moyen pour le peintre de créer du dynamisme. Au second plan, un écran forestier met en valeur le corps ambré et sensuel de la jeune femme. À l'arrière-plan gauche, une ouverture sur le ciel éclaire la scène. La lumière vient donc de la gauche, comme c'est la coutume. Le croissant de lune, l'arc, le carquois, le chien de chasse permettent d'identifier la jeune femme : c'est Diane, la déesse des espaces sauvages, de la chasse, la vierge farouche qui se tient éloignée des hommes.

Diane bien sûr, mais seulement la Diane antique ? En fait, à l'époque du tableau, une femme domine la cour : Diane de Poitiers, la maîtresse tant aimée du roi Henri II, femme dont le temps n'altère par la beauté. Et Diane de Poitiers a coutume de jouer de cette homonymie avec la déesse. En témoigne le décor de son château d'Anet. Écoutons un visiteur de la demeure : « une longue galerie, toute remplie de [...] représentations de Diane de Poitiers, tantôt peinte en chasseresse en la forme et nue comme la Diane des Anciens [...], tantôt comme elle était en ses plus jeunes ans et tantôt plus âgée, bref en diverses postures et équipages ». Il s'agit ainsi d'une allégorie nourrie de détails symboliques.

Le croissant de lune dans les cheveux, l'arc, le carquois rempli de flèches sont des attributs iconographiques, c'est-à-dire des signes permettant de reconnaître la figure ou le sujet représentés. Le baudrier est orné d'une agrafe en pierre précieuse, probablement une émeraude. L'émeraude est une pierre verte, souvent sombre et, dans la symbolique héraldique pleinement vivante à l'époque du peintre, le vert est la couleur du monde naturel, de la « non civilisation », de la folie parfois, de tout ce qui est opposé au monde de la cité. Ce qui est le cas de Diane. Quant au lévrier, sa présence comme chien de chasse complète la figure de Diane, et son symbole de fidélité, celle de Diane de Poitiers.


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