Charles Le Brun
Charles Le Brun avait choisi un grand sujet, il lui fallait trouver un style élevé, allier la gravité et la solennité requises. Il lui fallait préserver la lisibilité nécessaire à la compréhension de la scène tout en montrant un grand nombre de figures. Il lui fallait restituer la diversité des temples, des vases, des armes, des instruments de musique, des costumes et des lieux pour que chacun puisse sans difficulté identifier la scène. Il lui fallait enfin donner l'illusion d'un cortège qui s'avance et, en même temps, l'illusion d'une ville qui se développe en profondeur.
Alexandre, qui avait défait Darius III de Perse à la bataille d'Issos en 333 avant notre ère, prévoyait une nouvelle bataille pour s'emparer de Babylone. Aussi fut-il surpris de voir s'ouvrir les portes d'une ville qui l'accueillait triomphalement. Charles Le Brun représente le moment où Alexandre, tenant dans la main gauche un sceptre surmonté d'une Victoire, s'avance, debout dans un char traîné par deux éléphants capturés à l'armée de Darius. Le héros, couronné de laurier, est précédé par des sonneurs de trompes perses. À ses côtés, trois hommes, auxquels un cavalier, Épheston l'ami d'Alexandre peut-être, donne des indications, portent un vase d'orfèvrerie. À l'arrière-plan, les jardins suspendus de Babylone et, au premier plan, à gauche, la statue de Sémiramis.
Cette œuvre, avec les trois, autres forme un ensemble consacré à l'Histoire d'Alexandre le Grand. Les quatre œuvres sont exposées au Salon de 1673, où leur taille imposante et leur construction mouvementée provoquent l'admiration. L'allusion à la grandeur du règne de Louis XIV, lui aussi grand conquérant et monarque puissant, est évidente et l'enjeu politique clairement posé.
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