Diane sortant du bain
François Boucher

Dans un cadre agreste, deux jeunes filles nues sont assises. L'une, penchée sur le sol, porte un ruban bleu dans les cheveux. L'autre, assise sur une débauche d'étoffes, a un fin diadème de perles qui retient un petit croissant de lune, et est coiffée d'un chignon tressé retenu par un ruban rose. Elle tend un de ses pieds à sa compagne. Les tissus sur lesquels elle est assise sont blancs et blanc rayé de rouge pâle, posés sur une véritable cascade d'étoffe bleue qui descend du coin supérieur droit du tableau pour venir mourir sur le sol. Les deux jeunes filles sont encadrées par des chiens s'abreuvant à une mare, et par un petit amas d'animaux morts (lièvre et oiseaux) et un arc. Devant elles, un carquois semble comme jeté avec négligence. Le cadre de verdure allie des essences forestières avec des plantes d'eau. Au-delà, des arbres, un ciel pâle.

Le titre du tableau nous le dit : il s'agit de Diane sortant du bain. Pourtant, malgré le croissant de lune, l'arc et le carquois, attributs de Diane, nous sommes bien loin de la déesse farouche parcourant sans cesse les forêts avec les nymphes, ses compagnes, se tenant loin des hommes et de la civilisation. La figure de Diane est ici bien aimable. Du caractère farouche de la vierge chasseresse, Boucher n'a gardé que l'innocence virginale qui lui permet de présenter la nudité sans aucune allusion sous-jacente. La nudité de ces deux jeunes femmes est franche et libre. Elles sont nues avec la simplicité de l'Âge d'or. C'est que nous sommes au XVIIIe siècle qui présente, après la rigueur classique du Grand Siècle, une vision du monde adoucie. Chaque époque traduit selon sa sensibilité les figures et les scènes héritées des temps anciens. Il suffit, pour s'en rendre compte, de s'attacher aux corps de Diane et de sa compagne qui illustrent parfaitement le canon esthétique du corps féminin à la cour de Louis XV : carnation d'un blanc laiteux, corps tout en pleins et en courbes généreusement traités, petit visage.

Près du gibier installé comme une nature morte, une véritable cascade de tissu bleu isole Diane de la nature. Plus exactement, le tissu fait comme un écrin à son corps sensuel. Ici la nature est aménagée, jardinée comme dans les Rêveries d'un promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau, et Diane y est sans y être : elle est dans un jardin, protégeant son corps des herbes et des pierres par un tapis de sol. L'intérêt de Boucher semble être la relation entre le corps et la nature. Au bleu intense des draperies, répondent la fraîcheur rosée de la carnation modelée par la lumière venant de la gauche du tableau, et le subtil camaïeu de vert du paysage.


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