Jacques-Louis David
Pour cette œuvre qui devait marquer le premier triomphe public de son auteur et sonner comme le manifeste d'un nouveau courant pictural, David dépeint un épisode des débuts de l'histoire romaine, connus par plusieurs historiens antiques dont Tite-Live et Plutarque, ainsi que par l'Horace de Corneille. Autour de 650 avant notre ère, la guerre éclate entre les royaumes d'Albe et de Rome. Mais le peuple refuse de participer à la guerre, et chaque camp choisit trois champions qui devront représenter les villes. Les trois frères Horaces sont désignés à Rome et les trois frères Curiaces à Albe. La dimension tragique du récit réside dans le fait que les intérêts de l'État entrent en concurrence avec les intérêts privés : l'un des Horaces a épousé Sabine, la sœur des Curiaces, tandis que l'un des Curiaces est fiancé à Camille, sœur des Horaces. Seul l'un des Horaces devait échapper à la mort, mais il tua Camille à son retour.
David montre le moment où, avant de partir au combat, les Horaces prêtent serment devant leur père de vaincre ou de mourir ; cet épisode a été inventé par David puisqu'il ne figure dans aucun texte. La femme en bleu et jaune est Sabine, la femme vêtue de blanc est Camille. La vigueur des hommes aux muscles bandés, aux mouvements violents, associés aux armes, s'oppose à la mollesse des femmes, vues dans une attitude proche du sommeil : exclues du corps politique, elles ne peuvent que subir les actions des hommes.
Comme l'explique Thomas Crow, « rien dans le tableau ne donne forme aux rapports homme/femme qui sont pourtant au cœur du contenu narratif. Il n'y a de réciprocité que dans le serment solennel et hiératique. Tout ce qui pourrait inscrire cet acte dans un réseau plus vaste de relations - sexuelles, sentimentales, sociales - est banni. Un mur impénétrable clôt la scène. Seule échappée offerte au regard, l'ouverture qu'on devine derrière l'arcade de droite est sombre et peu avenante. Dans l'espace étroit du premier plan, le regard des protagonistes ne se croise jamais. Les arcs, sortes de parenthèses monumentales, servent à dissocier les trois groupes de figures en fonction des rôles qu'ils jouent dans le drame.
L'œuvre repose en effet sur une syntaxe de disjonction et d'opposition. Pour porter à son maximum la tension dramatique, David a réduit les personnages secondaires à une inactivité totale et ôté tous les éléments accessoires. La lumière est crue, violente, elle découpe les formes avec une netteté surprenante et les ombres mêmes ont un aspect tranchant. L'architecture forme un cadre rigoureux et austère ; les colonnes sans base appartiennent à l'ordre dorique, le plus dépouillé des ordres antiques. Le pavement du sol crée une structure géométrique sur lequel les personnages se répartissent de manière régulière. David invente ici un nouveau vocabulaire qui marquera toute la génération des peintres néo-classiques, et qui atteint avec cette œuvre inaugurale une intensité et une violence extrêmes. » [T. Crow, L'atelier de David. Emulation et Révolution, Paris, Gallimard, 1997]
Le Serment des Horaces, l'œuvre acclamée tant à Rome où elle fut réalisée, qu'à Paris où elle fut exposée, devient le manifeste de la nouvelle école de peinture. Pourquoi ? L'intention de David est de restaurer la peinture. Les sujets galants et aimables qui ont envahi la peinture d'histoire sont pour lui une perversion de sa mission qui est d'instruire autant que de plaire. Pour remettre la peinture d'histoire dans la juste voie, il faut se remettre, comme les peintres du XVIIe siècle, à l'école de l'Antiquité. Pourquoi ce retour à l'Antiquité ? Si la peinture de genre se donne les attributs de la peinture d'histoire, c'est toute la peinture qui est détruite et c'est elle que David tente de sauver, ce qu'il ne réussira pas à faire. Le néoclassicisme des Horaces n'aboutira qu'à l'académisme.
Le sujet en est l'exaltation de la vertu, du don de soi et de l'engagement pour la Patrie, idéaux alors défendus par les encyclopédistes et qui allaient devenir une des vertus principales prônées par les révolutionnaires. Le Serment des Horaces, commande royale confiée à David en 1784 par le comte d'Angiviller, est le premier chef-d'œuvre de l'art néoclassique et un des plus importants tableaux de son auteur.
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