Nicolas Poussin
Il est un lieu, au Nord de Rome, où l'on dit que Nicolas Poussin avait coutume d'aller chercher l'inspiration. C'est ce qu'on appelle « la Promenade de Poussin ». C'est cette inspiration romaine que l'on trouve dans l'arrière-plan de ce tableau où l'on peut reconnaître la pyramide de Cestius comme le pont qui enjambe le Tibre. Cette pyramide « romaine » vient à point nommer pour égyptianiser la scène qui est devant nous et qui montre le petit Moïse, futur libérateur du peuple hébreu, recueilli par la fille du Pharaon.
Scène. Je parle de scène et c'est bien l'impression qui nous est donnée : un théâtre, avec son décor et ses personnages qui jouent, le décor et les personnages, le texte de la Bible. Nous ne sommes pas dans un véritable instant de vie, dans l'histoire telle qu'elle a pu se dérouler ; mais devant des personnages dont l'attitude, les gestes, les postures, la position l'un par rapport à l'autre montrent qu'ils sont conscients de ce qui se joue ici ; pas d'un simple sauvetage d'une vie humaine. Non, il semble qu'ils savent déjà qu'ils viennent d'entrer dans l'histoire des hommes. Ce que Poussin nous montre, ce n'est pas une mise en scène quelconque d'un artiste humain, mais la mise en scène de la volonté de Dieu. C'est sa manière à lui, le peintre, de dire que pour comprendre l'œuvre il faut lire l'histoire. Tout ici est idéal, c'est-à-dire dans le domaine des Idées et non du trivial.
Avant de quitter ce tableau, regardez comme la succession des corps qui va de l'homme à droite au personnage à gauche forme une courbe, un arc de cercle, comme un pont. Et c'est vrai que Moïse est le pont qui fait passer les tribus esclaves en Égypte, le peuple d'Israël en Terre promise.
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