Nicolas Poussin
L'Hiver aussi appelé Le Déluge fait partie d’une série de quatre peintures commandées au peintre Nicolas Poussin par le duc de Richelieu. Dans cette série, Poussin relie des épisodes de la Bible aux quatre saisons.
Avec cet œuvre on remarque une nouvelle inflexion du paysage chez Poussin : l’espace se fait moins profond et tend à s’organiser par plans parallèles, avec une valorisation de la surface plane au détriment de la profondeur. Le pinceau ne dessine plus, il procède par points et taches, la touche est divisée. Vibrations d’une manière grenue, un certain effacement des contours. Enfin il y a une sorte d’abolition de la frontière entre mythologique et religieux.
L'Hiver est relié au récit du Déluge, rapporté dans les chapitres 6 et 7 de la Genèse ainsi que dans le Coran, dans la sourate 11, intitulée « Houd », versets 27 à 51.
Quelle est l’histoire ? Depuis, la création les Hommes se sont multipliés sur la terre, mais, au lieu de faire le bien, ils font le mal et Dieu regrette d’avoir créé l’humanité : il décide d'anéantir toute la race humaine. Toute ? Non, un homme droit et juste échappe à la colère de Dieu : Noé. Dieu ordonne à Noé de construire un grand bateau et d’y monter avec sa femme, ses trois fils et leurs épouses, et avec un couple de chacune des espèces animales. Ce grand bateau est connu sous le nom d’arche de Noé.
Et puis, le déluge commence et les eaux recouvrent entièrement la surface de la terre : seule l’arche échappe au désastre.
Les gens que l'on voit dans L'Hiver sont des anonymes, de simples humains entièrement dominés par les forces de la nature. Dieu et la nature forment une entité unique et inséparable qui dirige le destin des hommes. L'éclair qui transperce le ciel est une image de la colère divine. Les pluies torrentielles qui masquent le soleil, à peine visible à gauche de l'œuvre, provoquent la désolation : la terre est entièrement inondée, et seuls quelques rochers encore hors de l’eau peuvent procurer aux hommes un refuge temporaire. Un homme dans une barque qui a chaviré lève les bras pour implorer le ciel.
Regardons mieux
Au premier plan, des gens agrippés à un cheval et à une planche de bois se dirigent vers des rochers. Une femme, dans une barque, tend son enfant à son mari, espérant le sauver. Ce groupe de personnes rassemble les couleurs les plus vives du tableau. Il figure de manière directe l'espoir des hommes, leur effort pour assurer la chaîne des générations. Mais ces efforts sont vains : tous seront engloutis sous les flots et bientôt l'obscurité sera complète.
Ce n'est pourtant pas la fin de l'histoire, et l'humanité n'en est encore qu'à ses débuts : Poussin représente en effet, à gauche de l'œuvre, l'arche de Noé qui contient les couples des espèces animales et humaine. Le plan de Dieu n'est pas la destruction du monde, mais son renouvellement. Le temps de la nature est cyclique : les saisons, l'alternance du jour et de la nuit, figurent la succession de la vie et de la mort, de la dévastation et de la renaissance. Un détail particulièrement frappant de l'œuvre trouve alors son explication : l'immense serpent visible sur le rocher de gauche, qui fait écho à l'éclair, est un symbole de mort. Mais il est aussi traditionnellement un symbole du temps cyclique : il marque ici à la fois la fin et le début du cycle des saisons.
🖼️ Cette fiche contient des illustrations et ressources interactives
Images, vidéos et outils pédagogiques disponibles sur l'interface complète.