La Pietà
Rosso Fiorentino

La Pietà
La scène, non mentionnée dans les Écritures, se situe entre la déposition de croix et la mise au tombeau. Dans un cadrage serré sur fond de sépulcre, la Vierge tombe en pâmoison devant le corps du Christ mort, soutenu à gauche par Marie Madeleine vêtue d’habits somptueux aux couleurs vives et à droite par un saint Jean athlétique. Par son regard tourné vers l’extérieur, Marie Madeleine incite le dévot à vénérer l’Eucharistie dans le corps et le sang du Christ. Le tableau correspond ainsi à une nouvelle doctrine qui, en réaction à la Réforme de Luther, s’est instaurée dans l’Europe catholique, et où l’adoration de l’Eucharistie occupe une place prépondérante. Rosso Fiorentino réalise ici un chef-d’œuvre de spiritualité.

Histoire de l’œuvre
L’unique tableau de chevalet, réalisé certainement pendant la période française de l’artiste, est la Pietà d’Écouen, peinte pour le connétable Anne de Montmorency, dont les armes, des alérions sur fond orange, sont visibles sur le coussin où repose le Christ. Le tableau entra au Louvre à la suite de la saisie révolutionnaire de la collection de Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé. Lors de la saisie, il se trouvait au-dessus d’une porte dans la chapelle d’Écouen, ancienne demeure du connétable de Montmorency. L’incongruité de l’emplacement laisse penser que l’œuvre, datant probablement du début du séjour français de l’artiste, ne dut pas être peinte pour ladite chapelle. Il s’agissait probablement d’une œuvre d’oratoire, pouvant suivre le connétable dans ses différents déplacements.

Une œuvre maniériste
La restauration récente a permis à l’œuvre de retrouver son éclat d’origine. Il s’agit probablement de l’œuvre religieuse de Rosso à laquelle convient le mieux la dénomination de maniériste. Si l’artiste représente la scène dans un espace restreint, où la profondeur est indiquée par la diagonale du corps du Christ, c’est vraisemblablement pour souligner davantage la dimension tragique de la scène. Ce tableau fascine aussi par son aspect étrange, dû probablement à l’emploi de couleurs inattendues, mais chères aux peintres maniéristes. Étrange est également la teinte rousse de la barbe du Christ, possible allusion à l’artiste lui-même, appelé en France le « peintre roux ».


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