Étienne-Maurice Falconet
Pygmalion et Galatée
Statue que Diderot commente le plus longuement dans l'ensemble du salons et presque la seule qui lui fournit l'occasion, comme tant de peintures, de refaire l'œuvre à sa manière. Voici comment Ovide raconte l'histoire de Pygmalion et Galatée : « Témoin de l'existence criminelle qu'elles avaient menée, et révolté des vices dont la nature a rempli le cœur des femmes, Pygmalion vivait sans compagne, célibataire ; jamais une épouse n'avait partagé sa couche. Cependant, grâce à une habileté merveilleuse, il réussit à sculpter dans l'ivoire blanc comme la neige un corps de femme d'une telle beauté que la nature n'en peut créer de semblable et il devint amoureux de son œuvre. C'est une vierge qui a toutes les apparences de la réalité ; on dirait qu'elle est vivante et que, sans la pudeur qui la retient, elle voudrait se mouvoir ; tant l'art se dissimule à force d'art. Émerveillé, Pygmalion s'enflamme pour cette image ; souvent il approche les mains du chef-d'œuvre pour s'assurer si c'est de la chair ou de l'ivoire et il ne peut encore convenir que ce soit de l'ivoire ; il donne des baisers à sa statue et il s'imagine qu'elle les rend ; il lui parle, il la serre dans ses bras ; il se figure que la chair cède au contact de ses doigts et il craint qu'ils ne laissent une empreinte livide sur les membres qu'ils ont pressés ». Ovide, Les Métamorphoses, [X, 243-295]
Pygmalion adresse une prière à Vénus pour que celle-ci « lui donne une femme semblable à la vierge d'ivoire. L'artiste va vers la statue de la jeune fille ; penché sur le lit il lui donne un baiser ; il croit sentir que ce corps est tiède. De nouveau il en approche sa bouche, tandis que ses mains tâtent sa poitrine ; à ce contact, l'ivoire s'attendrit ; il perd sa dureté, il fléchit sous les doigts [...]. Alors le héros de Paphos adresse à Vénus de longues actions de grâces ; sa bouche presse enfin une bouche véritable ; la jeune fille a senti les baisers qu'il lui donne et elle a rougi ; levant vers la lumière un timide regard, elle a vu en même temps le ciel et son amant ».
Ce récit a beaucoup inspiré les artistes au XVIIIe siècle, et particulièrement les sculpteurs. La gageure est pour ceux-ci de modeler un nu féminin qui soit à la fois « d'une telle beauté que la nature n'en peut créer de semblable », et qui ait « toutes les apparences de la réalité ». La Galatée de Falconet est éloignée des canons antiques que suivent la plupart du temps les sculpteurs académiques, mais son modelé est tout de même très idéalisé.
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