Marc Aurèle

Empereur et philosophe, Marc Aurèle naît en 120 à Rome et meurt en 180 à Vindobona, un camp romain sur le site de Vienne en Autriche. Adopté par Antonin le Pieux, Marc Aurèle devient empereur en 161 à 41 ans et règne jusqu’à sa mort à l’âge de 60 ans. Son règne fut marqué par la recrudescence des guerres sur tous les fronts. L'empereur philosophe passa son temps à tenter de colmater les brèches qui s'ouvraient dans les frontières d'un Empire immense et attaqué de toutes parts. Par contre, il entretint la longue période de paix dans les régions qu'il contrôlait, période connue sous le nom de Pax Romana, la paix romaine.

Sous son règne les chrétiens subirent d'importantes persécutions. Ainsi, en 177 une persécution a lieu à Lugdunum, l‘actuelle Lyon, qui vit, entre autres, le martyr de Blandine.

Sur le plan philosophique, Marc Aurèle était un stoïcien, ses maîtres à penser furent Épictète, Apollonios de Chalcédoine, Sextus de Chéronée. De cet héritage il fit une philosophie pratique de vie qu'il exposa dans son unique ouvrage Pensées pour moi-même. L'empereur philosophe confronte ses obligations politiques avec les valeurs que ses maîtres stoïciens lui ont enseignées, mais aussi avec d'autres références : l'apport philosophique de Platon, Épicure, Démocrite, Héraclite. Marc Aurèle souligne tout au long de ses écrits les plus hautes valeurs de l'être humain : Prudence, Justice, Courage et Tempérance, qui depuis Platon sont les quatre vertus principales du Philosophe, celles qui assurent la cohérence et la force de ses actions.

L'originalité de son œuvre réside dans le ton personnel des Pensées pour moi-même, qui témoigne d'une attention aiguë à l'urgence de « vivre pour le bien », c'est-à-dire vivre dignement dans un monde plein de troubles. La précarité de l'existence humaine, la fugacité du temps, de la mémoire, qui engloutit tous les hommes, grands ou petits, dans l'oubli et la mort ; la petitesse de l'homme et de la terre dans l'infini de l'univers : tels sont les grands thèmes de la philosophie de Marc Aurèle. Cette vision élimine la peur de la mort qui n'est pas anéantissement mais changement, renouvellement de l'univers. Il faut donc accepter sereinement cet événement naturel. Le but de l'homme est alors de vivre dignement le présent, de jouer son rôle qui est d'être utile au bien commun, car tous les hommes sont liés à la Nature : « Que l'avenir ne te trouble pas car tu viendras à lui, quand il le faudra, avec la même raison que tu utilises pour les choses présentes ».

Marc-Aurèle se critique sévèrement lui-même tout en interrogeant sans cesse la finalité de l'action politique : « Prends l'habitude autant que possible, de te demander à quelle fin se rapporte cette action, que désire l'homme qui veut agir ». Il possède une vision du tout qui élimine les fausses représentations, les passions, en particulier l'ambition, l'orgueil, la colère, et amène à être modestes, justes et bienveillants envers chaque homme, notre égal en tant qu'être raisonnable et sociable, qu'il faut écouter en « entrant dans son âme ».

Comment expliquer que le règne de Marc Aurèle, l’empereur philosophe voit se développer les persécutions anti chrétiennes. C’est qu’il ne supporte pas « le fanatisme des chrétiens » et ne peut tolérer leur « fétichisme » pour le Christ. Conservateur, il les persécute, jugeant qu'ils sont une menace pour l'unité de l'Empire (ils refusent notamment de brûler de l'encens devant les statues de l'empereur et de prier par les dieux de l'Empire). Selon Marc Aurèle, le christianisme se sert des passions pour installer une morale sans lien avec la Nature, mais surtout aucunement réfléchie.

Stoïcisme
Le stoïcisme, courant philosophique grec et romain, est une doctrine panthéiste et matérialiste. Né au IVe siècle avant notre ère avec Zénon de Citium, le stoïcisme se développa jusqu’à la fin du IIIe siècle de notre ère.

On distingue plusieurs périodes dans le stoïcisme :
- l’ancien stoïcisme : fondé par Zénon de Citium dont nous n’avons que des fragments. Cet ancien stoïcisme est surtoutune théorie de l’univers et une logique. Il définit la sagesse comme le savoir des affaires divines et humaines,c’est-à-dire comme la connaissance des lois qui régissent l’univers entier, et non seulement la conduite des hommes.

- le stoïcisme romain, dit impérial : Sénèque, Epictète (dont le Manuel est un modèle de philosophie stoïcienne) et Marc-Aurèle ont rendu célèbre ce courant philosophique. Ce nouveau stoïcisme est centré sur l’homme, sur l’effort et sur l’intention du bien : la sagesse se définit par la possession d’un art convenable, autrement dit l’acquisition de la vertu.

Dans le stoïcisme, le bonheur désigne l’indépendance vis-à-vis des circonstances extérieures et le détachement à l’égard des choses. La maîtrise de nos représentations et l’exercice du jugement permettent d’y accéder. C’est une philosophie de la liberté intérieure. « Tout est opinion. Et l’opinion dépend de toi » écrivait Marc Aurèle.


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