La Douleur d'Andromaque
Jacques-Louis David

Achille a tué Hector en combat singulier, vengeant ainsi la mort de son ami Patrocle. Cédant aux supplications du roi Priam, le héros grec a rendu aux Troyens le corps du défunt que l'on a ainsi ramené dans la citadelle. La première, Andromaque, crie sa douleur à la vue du cadavre et exprime dans un long monologue sa déploration. À présent en effet son destin sera celui d'une captive servile et leur fils Astyanax, privé de père prématurément, risque la mort à son tour. Le discours de la veuve est le premier d'une série de lamentations funèbres qui met fin au dernier livre de l'Iliade. Plus que la disparition d'un vaillant guerrier, c'est la destruction de Troie qui est ici pleurée : le retour d'Achille au combat s'est marqué par un coup d'éclat en supprimant le plus valeureux des Troyens et désormais les jours de la cité phrygienne sont comptés. Le pathétique atteint ici un sommet et bien des poètes amplifieront la douleur d'Andromaque par l'écriture tragique. [Homère, L'Iliade, chant 24, v. 723-746]

La composition est ordonnée selon une alternance entre les lignes horizontales qui prolongent celles du corps d'Hector sur son lit de mort et les lignes verticales redoublant celles d'Andromaque assise à ses côtés. Seul le bras droit de la veuve s'accorde avec la posture de son époux : l'opposition entre la vie et la mort est ainsi marquée par la géométrie du tableau. À l'arrière-plan, des colonnes se dressent, campant la scène dans l'antique palais de Troie dont Hector est le prince. Sur la droite, un candélabre semble investi d'une signification religieuse, à l'image des colonnes figurées sur les peintures paysagistes romano-campaniennes. Discrètement, le peintre a précisé là sa source littéraire : les références du chant de l'Iliade y sont indiquées.

Le héros est représenté dans toute sa gloire : des lauriers couvrent sa tête, ses armes rutilantes sont déposées au bas du lit. Une blessure à la naissance du cou rappelle la cause de son décès. Andromaque, les yeux levés au ciel, exprime par sa physionomie et les gestes de ses bras sa déploration funèbre. Leur fils, Astyanax, plus âgé ici que dans le poème grec, touche de sa main la poitrine maternelle dans un geste de consolation non dénué d'angoisse. La rhétorique du corps transcrit ici les plaintes énoncées dans le texte : la dimension pathétique est fortement soulignée.


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