Noli me tangere
Bronzino

Noli me tangere
Au tout premier plan est représenté le sujet même du retable, Marie Madeleine apercevant le Christ ressuscité le jour de Pâques. Au début, la Madeleine a pris le Christ pour un jardinier, d’où la présence de la pelle dans sa main. Par son geste, le Christ semble repousser la Madeleine : Noli me tangere. Pour sa composition, Bronzino s’est inspiré de l’Évangile selon saint Matthieu, qui mentionne la présence des deux autres Marie, visibles au second plan. Dans le fond, à droite du tableau, est représentée la scène qui précède le sujet principal du retable : l’instant où les trois Marie ont découvert le tombeau vide, indiqué par un ange. Bronzino a situé l’événement le matin, suivant en cela les Évangiles, en évoquant le jour qui se lève.

De Florence à Paris
Le tableau aurait été commandé, selon le biographe arétin Giorgio Vasari, par Giovanni Battista Cavalcanti pour la chapelle funéraire de son père Tommaso, fondateur de la banque Cavalcanti, mort en 1560. Tommaso avait acquis la septième chapelle dans le bas-côté gauche de l’église Santo Spirito de Florence avant 1558, date de son testament, où il est précisé que sur l’autel devait être représenté « le mystère du Noli me tangere ». Il apparaît dans les documents concernant la décoration de la chapelle, que Tommaso commanda lui-même le retable à Bronzino. Le tableau ne sera toutefois achevé qu’en 1561, ainsi que l’indique la date inscrite sur celui-ci. Le retable fut choisi en 1812 pour enrichir le musée Napoléon, et arriva à Paris sur les cimaises du Louvre en 1814.

Une œuvre savamment calculée
Bronzino s’inspira du tableau du même sujet peint par son maître Pontormo sur un carton de Michel-Ange. Il donna cependant plus de grandiloquence aux figures, annonçant davantage les œuvres de la Contre-Réforme. Le corps athlétique du Christ, fortement cambré, rayonne de lumière. Cet éclat, représentant symboliquement la nature divine du corps ressuscité, était renforcé par l’éclairage réel de l’église. En particulier, le matin du jour de Pâques, le soleil frappait en plein le corps du Christ, produisant l’illusion que celui-ci s’avançait dans la nef. Cet effet théâtral devait en fait symboliser la résurrection du défunt enseveli derrière l’autel de la chapelle.

Chef-d’œuvre de collaboration
L’œuvre est caractéristique du maniérisme tardif florentin ; plus froide que les réalisations antérieures de l’artiste, elle est marquée par le style des artistes nordiques, dont plusieurs étaient installés à Florence, comme Jan van der Straet, au nom italianisé de Giovanni Stradano. Cette influence nordique se fait particulièrement sentir dans le traitement des fleurs et des fruits. Toutefois, tout comme les petites figures du fond, elles peuvent être de la main de son principal collaborateur, Alessandro Allori, qui était passé maître dans la réalisation de ce genre de détail. Cette impression pourrait être corroborée par les paiements que reçut le jeune artiste pour ses travaux dans la chapelle.


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