David et Bethsabée
Jean Metsys

Une peinture narrative
Sur la terrasse d’un palais situé dans une ville méridionale visible à l’arrière-plan, une femme à demi-nue, à qui deux servantes sont occupées à lui laver les pieds, est interpellée par un homme qui semble lui demander de la suivre. Derrière celui-ci, le roi David est penché à la terrasse d’un palais d’où il observe la belle Bethsabée. La scène est tirée de la Bible [2 S 11].

Le serviteur vient avertir Bethsabée que le roi la demande. On n’a pas ici, comme chez Rembrandt, l’expression sublime du trouble de la femme mariée à un autre homme. Mais plutôt une peinture narrative.

Une finesse topographique
Le panorama de la ville est d’une finesse topographique, la végétation, les carnations ivoirines, les cheveux d’or des femmes, peints sur un fond brun, ont le caractère palpable, dense et ciselé de la peinture du Nord, sans hiérarchisation du degré de détail entre ce qui est proche du spectateur et ce qui en est éloigné. Mais ce sont les drapés et notamment ceux du manteau de Bethsabée tombé au sol qui présentent des signes de modernité. Ainsi, la bordure brodée de fils d’or a été peinte comme flottant au-dessus du tissu sous-jacent sans tenir compte de son plissé. Autre signe d’originalité, cette narration intègre des motifs plastiques profondément originaux et des métaphores redoublant le drame en train de se jouer.

La puissance du roi
Ainsi, la servante située au second plan, dont le visage est visible en parfaite frontalité, fixe le spectateur avec un regard quasi hypnotique alors que le petit page noir retenant le lévrier porte lui sur le spectateur un regard ironique et complice. Il y a aussi, dans la différence entre le lévrier et le petit épagneul pie rouge prêts à s’affronter au premier plan, comme une image de la différence de puissance entre le roi David et son rival malheureux, Urie, l’époux de Bethsabée. L’ensemble montre Jan Metsys, neveu du grand peintre humaniste Quentin Metsys, capable de peindre de grands et luxueux tableaux d’histoire biblique. Dans de nombreux autres tableaux, il traite de façon profondément originale un versant laïque et satirique de la peinture proverbiale et moralisante qui est une des gloires de l’art des anciens Pays-Bas au XVIe siècle.


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