Vittore Carpaccio
Scénographie
La scène se déroule dans l’enceinte du temple de Salomon à Jérusalem. Saint Étienne prêche du haut d’un piédestal antique partiellement délabré qui symbolise le paganisme vaincu. Le doigt dressé vers le ciel, il invite son auditoire à la contemplation de Dieu. Au premier plan, un groupe de femmes orientales, assises en tailleur, semblent captivées par son discours. Autour, des Orientaux enturbannés, des Grecs – reconnaissables à leurs hauts-de-forme noirs (extrême gauche) – et des Occidentaux attestent de la portée universelle du prêche. Derrière, le temple, symbole du judaïsme, est représenté comme un tempio de la Renaissance italienne. Sur la colline de Jérusalem, on aperçoit l’église du Saint-Sépulcre. La ville – que certains ont identifiée à Damas – est vue comme un agglomérat de bâtiments antiques et de minarets à l’austérité quasi minérale.
Le rendu des matières
Excepté le bleu des coupoles, les architectures sont peintes dans des tons blanc nacré, parfois ocré. Au fond, un paysage de collines italiennes se perd dans la brume et n’est pas sans évoquer l’art de Léonard de Vinci. Une foule de personnages peuple cet univers. L’œuvre témoigne du goût de Carpaccio pour le rendu des matières – velours cramoisi et brocarts (sur chasuble du saint) – ainsi que de sa fascination pour l’Orient qu’il partageait avec les autres peintres vénitiens.
Un cycle consacré à saint Étienne
Le tableau, dont le cadre portait autrefois la date de 1514, est le deuxième et le plus célèbre d’un cycle qui en comptait cinq à l’origine : la Consécration des diacres (Berlin), la Prédication, le Jugement de saint Étienne – aujourd’hui, perdu –, le Martyre (Stuttgart) et la Dispute (Milan). Les épisodes illustrent le récit de la vie du saint, telle que Jacques de Voragine l’a rapportée dans La Légende dorée (1264). Commandé en 1511 et achevé en 1520, le cycle devait orner la chapelle – albergo – d’une confrérie de dévotion vénitienne appelée la Scuola di Santo Stefano. Ses membres comptaient en majorité des tailleurs de pierre, dont Étienne, martyr lapidé, était le saint patron, d’où l’omniprésence des architectures de pierre dans le tableau.
Veine narrative
La thématique du cycle met l’accent sur la continuité historique entre le judaïsme et le christianisme. Œuvre tardive de Carpaccio, la Prédication exploite une veine narrative qu’il a lui-même inventée deux décennies auparavant dans le cycle de Sainte Ursule, aujourd’hui à la Galerie de l’académie de Venise.
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