Fra Angelico
Le Couronnement de la Vierge
Fondé sur des textes apocryphes, le thème du Couronnement de la Vierge fut largement diffusé au XIIIe siècle par la Légende dorée de Jacques de Voragine. Il suit l’Assomption et montre l’accueil céleste de la Vierge par le Christ qui l’élève au-dessus de la multitude des bienheureux. Au-dessus de neuf marches en marbre de couleurs variées, se dresse le trône du Christ avec, à sa droite, une place préparée pour la reine des cieux. Agenouillée, la tête inclinée, la Vierge reçoit la couronne des mains de son fils glorieux. Une cour céleste les entoure, formée d’anges musiciens et des saints dont certains ont leur nom inscrit sur l’auréole, tandis que d’autres sont identifiables à leurs attributs. Au premier plan, de gauche à droite, on reconnaîtra par exemple : saint Louis de France à sa couronne fleurdelisée ; sainte Madeleine, vêtue de rouge, au vase qu’elle tient ; sainte Catherine d’Alexandrie à la roue de son martyre ; sainte Agnès à l’agneau qu’elle serre contre sa poitrine.
Une commande dominicaine
Cet ensemble ornait un autel de l’église du couvent San Domenico à Fiesole pour lequel Fra Angelico avait déjà réalisé deux retables. La consécration de l’autel ayant eu lieu en 1435, on pense que le Couronnement de la Vierge était achevé avant cette date. Compte tenu du fait qu’il a été exécuté pour un couvent dominicain, il n’est pas étonnant que sa prédelle développe des épisodes de la vie du fondateur de cet ordre et que de grands dominicains, revêtus de leur robe blanche sous leur manteau noir, se mêlent à la multitude qui accueille la reine des cieux : à gauche, saint Dominique de profil, un lys à la main, une étoile rouge brillant au-dessus de sa tête ; à droite, saint Pierre martyr, également de profil, le crâne ensanglanté ; et au premier plan à gauche, saint Thomas d’Aquin agenouillé, le grand théologien de l’ordre, ses écrits dans une main, nous regardant et nous invitant de l’index à contempler la scène.
Fra Angelico et son temps
La composition se fonde sur la forme pyramidale constituée par les gradins et le groupe de la Vierge et du Christ. L’espace est construit selon les lois de la perspective linéaire que définit, entre autres, la fuite des lignes du dallage vers un point situé au-dessus du vase de la Madeleine. Les personnages se placent ainsi dans un espace cohérent et se disposent de telle sorte que tous soient visibles. Le volume des corps, dont la monumentalité est accentuée par un point de vue rabaissé, atteste l’attention que Fra Angelico porta aux œuvres de Masaccio (1401-1428). Mais, à la différence de ce dernier dans la Trinité de 1426 (église Santa Maria Novella, Florence), Fra Angelico ne peint pas ici une architecture idéale encore à construire, mais un édicule aux formes gothiques. De même, si Fra Angelico modèle certaines figures à la manière de Masaccio, il conserve en même temps pour le traitement des visages, une délicatesse qui évoque Gentile da Fabriano (vers 1370-1427). Les couleurs vives du tableau évoquent la palette que Fra Angelico hérita de Lorenzo Monaco (1370-1423) auprès duquel il s’était peut-être formé.
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