Athalie chassée du Temple
Antoine Coypel

Cette peinture a été faite en 1697. Six ans auparavant, en 1691, Jean Racine fait jouer sa pièce Athalie, dont certains vers sont restés à jamais dans la mémoire de notre culture, ceux du fameux songe d'Athalie :

C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eût soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.


Ce songe d'Athalie est un songe prémonitoire et la scène qu'il annonce, nous l'avons sous les yeux. Athalie qui s'est emparé du pouvoir à Jérusalem après la mort de son mari et de son fils, fait régner la terreur et, pour se protéger, assassine tous ceux qui peuvent être des prétendants dynastiques. Seul le très jeune Joas est sauvé et élevé secrètement dans le Temple. Après six ans de règne une conspiration met Joas sur le trône de Juda. En entendant les trompettes du sacre, Athalie se précipite au Temple et voit oindre Joas. Elle se met à hurler « Trahison ! Trahison ! ». Les soldats l'entraînent hors du Temple et l'exécutent. [2R 11, 12-14]

C'est la scène où la reine est expulsée du Temple que le peintre a choisi de nous montrer. Joas est déjà sur le trône en costume de sacre, le sceptre à la main. La cour l'entoure. Au centre le grand-prêtre ordonne qu'on chasse Athalie. Celle-ci est entraînée de force par une foule de soldats et de gardes. Elle garde la tête tournée vers l'enfant qui vient d'être sacré. Vers l'enfant ou vers le trône auquel elle a sacrifié, reine monstrueuse et assoiffée de pouvoir, reine illégitime, son humanité. Pour les gens de cette fin du XVIIe siècle, l'histoire d'Athalie devait se comprendre au moins à deux niveaux : le niveau biblique auquel le tableau est fidèle, et l'histoire du temps ; de ce temps où le roi Louis XIV voit mourir ses enfants et petits-enfants tout à tour et où le problème de la succession commence à se poser en termes d'ambitions à peine voilée, notamment pour la famille d'Orléans.

Voir aussi :
Antoine Dufour, Athalie tue des enfants mâles, 1500
Julie Philipaut, Racine lisant « Athalie » devant Louis XIV et Mme de Maintenon,
Hyacinthe Rigaud, Louis XIV, 1701


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