La Crucifixion
Andrea Mantegna

Le Golgotha
Sur le sommet bombé du Golgotha, recouvert de dalles, la Croix du Christ se dresse face à nous, entre celles des deux larrons disposées de trois quarts. Sur la droite, des soldats tirent au sort la tunique du Christ, tandis que d’autres, à cheval, viennent de briser les jambes du mauvais larron qui expire dans l’ombre. Au pied de la Croix, un centurion, dont on n’aperçoit que le buste, serre dans sa main une lance, probablement celle qui perça le côté droit du Christ. Sur la gauche, près de la Croix de Jésus se tient sa mère affligée par la douleur et soutenue par le groupe des saintes femmes. Un peu plus à gauche, vu presque de profil, saint Jean joint les mains, pleurant à la vue du Christ mort. Sur une colline au lointain s’étend la ville de Jérusalem vers laquelle se presse une foule de petits personnages.

Recréer le contexte antique
Dans ce tableau, Mantegna privilégie une composition claire et aérée qui permet de lire l’histoire dont il cherche à recréer le contexte antique. En témoignent les armures des soldats romains, et surtout la ville de Jérusalem que Mantegna peint telle que la décrivaient certains textes anciens. L’espace est traité de manière rigoureuse avec un seul point de fuite, situé sous les pieds du Fils de l’homme qui se découpe sur le ciel et s’élève au-dessus du centre de la construction en perspective, comme au-dessus du monde. L’espace est parfaitement restitué grâce aux nombreux raccourcis mis en œuvre, associés au rendu des dénivellations de la colline du Calvaire (par le centurion « mis en abîme » au premier plan, ou par le cheval blanc à moitié caché par la croix dans le fond).

Une précision de miniaturiste
Les corps des personnages s’imposent au spectateur dans un solide modelé, inspiré de la sculpture de Donatello (1386-1466) dont le jeune Mantegna a certainement admiré à Padoue le maître-autel pour la basilique du Santo, achevé en 1450. Grâce à ses coups de pinceaux en petites touches juxtaposées, Mantegna décrit le monde (ses personnages, son décor rocheux, Jérusalem au loin) avec une précision de miniaturiste qui s’attache aux phénomènes lumineux, donnant son sens dramatique à la scène. Cette exactitude, dont l’artiste fait preuve, semble empruntée à l’art du Nord de l’Europe avec lequel il put entrer en contact lors de son passage à Ferrare en 1449. On sait en effet que le marquis Leonello d’Este possédait un triptyque de Rogier Van der Weyden (1399/1400-1464). Et dans Le Calvaire, c’est aussi un peu de la puissance émotive de Rogier qui irradie de la figure du Christ.

Le retable de San Zeno
Le Calvaire était le panneau central de la prédelle du Retable de San Zeno de Vérone. Celui-ci fut commandé par l’humaniste vénitien Gregorio Correr (1411-1464), protonotaire apostolique, alors abbé de San Zeno. Les trois panneaux principaux sont encore dans l’église pour laquelle ils avaient été peints ; les deux autres éléments de la prédelle, représentant Le Christ au jardin des Oliviers et La Résurrection sont aujourd’hui conservés au musée des Beaux-Arts de Tours. L’ensemble fut commencé en 1456 alors que Mantegna était encore en train de décorer les murs de la chapelle Ovetari des Eremitani à Padoue (décor en grande partie détruit durant la Seconde Guerre mondiale) ; il fut livré à Vérone au milieu de l’année 1459, avant son départ pour la cour des Gonzague à Mantoue. Dans le Nord de l’Italie, Le Triptyque de San Zeno semble être le premier retable peint qui épouse pleinement les idées de la Renaissance. Son rôle fut considérable dans le développement du tableau d’autel, non seulement en Vénétie, mais aussi dans toute l’Italie septentrionale.


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