L'Ombre de Samuel apparaissant à Saül chez la pythonisse d'Endor
Salvatore Rosa

La magie et la Bible
Le thème biblique est tiré du Livre des Rois (I Rois 28). Inquiet sur sa destinée, Saül, consulte une magicienne à Endor. Éclairée par le feu qu’elle attise, la pythonisse, au profil hideux, évoque l’ombre de Samuel. Celui-ci apparaît avec son visage spectral à moitié englouti dans une draperie sinistre, semblable à un suaire. Ce fantôme immobile, arraché au tombeau par les formules de la nécromancie, donne une atmosphère lugubre et macabre à la scène et annonce que Dieu va choisir David pour roi. Prosterné, Saül est baigné d’effroi et ses gardes reculent d’épouvante. Au fond, à travers l’ombre, grouillent des formes fantastiques, têtes de chevaux décharnées, squelettes à ailes de chauves-souris ou hiboux aux prunelles phosphorescentes.

Romantique avant le romantisme
Les contours sont tracés avec force. Sombre et rehaussé de vifs éclairages sur les vêtements, le coloris laisse planer un mystère. Ce luminisme participe de l’atmosphère étrange et fantastique du tableau. Avec le contraste de l’envolée frénétique qui accompagne la pythonisse, l’apparition blanche confine au pathétisme. Tous les acteurs des rondes du sabbat sont maintenus dans une gamme sourde et confuse, où le pressentiment l’emporte sur la visibilité de la scène, Saül et ses compagnons sont relégués dans le quart inférieur de la composition.

Cette œuvre a été louée par les écrivains et poètes du XIXe siècle. Passionné par le romantisme visionnaire, Théophile Gautier a admiré le caractère théâtral et fantastique de l’artiste.

Une œuvre de son époque
Fasciné par l’inconnu et les mystères de l’esprit, le peintre a souvent trouvé ses sujets de sorcellerie dans les milieux érudits qu’il fréquentait à Naples. Le développement de la magie était directement lié à celui des sciences modernes ou aux pratiques expérimentales permettant d’exalter le génie inventif et Rosa réussit ainsi à saisir la beauté dans la vision de l’horreur. Très admirée des contemporains, l’œuvre fut exposée dans l’église San Giovanni Decollato à Rome, au cours d’une exposition de tableaux d’art ancien où Rosa était le seul artiste vivant représenté.

Peintre mais aussi musicien et poète, l’artiste composa vers 1645 une ode satirique La Sorcière. Vite célèbre à Rome où il arriva en 1649, l’époque à laquelle se rapporte ce tableau, Rosa ne quitta plus la Ville éternelle jusqu’à sa mort en 1673.


🖼️ Cette fiche contient des illustrations et ressources interactives

Images, vidéos et outils pédagogiques disponibles sur l'interface complète.

📖 Voir la fiche complète →