Raphaël
Baldassare Castiglione était un diplomate de talent, mais il est surtout connu aujourd'hui comme l'auteur du Livre du courtisan. Ce texte, qui rapporte les conversations de poètes et d'érudits sur les arts, les femmes, les qualités de l'homme de cour notamment, eut une influence immense dans toute l'Europe du XVIe siècle ; il constitue un document capital pour la compréhension de la civilisation de la Renaissance. Castiglione fut aussi un ami de Raphaël.
Dans le Livre du courtisan, Castiglione prône l'austérité du costume. Il est ici en effet représenté vêtu d'un costume très sobre, mais raffiné : il porte un pourpoint noir, des manches bouffantes et un pectoral de fourrure grise, une chemise plissée blanche, une coiffe et un béret noirs. La palette utilisée par le peintre, en partie donnée par le costume, est elle aussi très sobre : Raphaël place le modèle devant un fond neutre de couleur brune, si bien que la gamme du tableau comprend surtout des nuances de gris, de noir, de blanc, et de brun. Quelques détails viennent relever ces tons : le bouton doré du pectoral, la broche dorée accrochée au béret, quelques fils visibles de la doublure rouge du pectoral, et surtout les yeux bleus. Les yeux sont ainsi mis en valeur : c'est la note de couleur la plus vive du tableau, qui concentre l'attention sur le visage du modèle.
Le même souci d'équilibre et de sobriété se retrouve dans la composition. Raphaël présente son modèle selon une pose directement issue d'un précédent illustre : la Joconde de Léonard de Vinci [1503-1513 ; Paris, musée du Louvre]. Castiglione est assis, le buste est vu de trois quarts, le visage est très légèrement tourné vers la droite et le regard est de face ; l'avant-bras droit est au premier plan du tableau, parallèle au bord inférieur, les mains sont croisées ; on retrouve toutes ces caractéristiques dans le portrait de Lisa del Giocondo. Comme dans la Joconde encore, le modèle est au centre de l'image (les bords inférieurs du béret soulignant ici les diagonales du tableau), et, pour que la symétrie ne soit pas trop appuyée, l'axe vertical médian passe sur l'œil gauche.
Castiglione regarde le spectateur, et ce regard n'est ni montant ni descendant : idéalement, le modèle fait donc face au spectateur, comme il a fait face au peintre lors de la séance de pose ; la présentation du modèle établit une relation actuelle, présente avec le spectateur. Le visage de Castiglione ne manifeste aucune émotion vive, conformément à l'idéal renaissant de mesure et de modération des passions, mais il n'est pas sans vie : le spectateur perçoit par les traits du visage un homme calme et confiant, et peut-être dans le regard une nuance de mélancolie. Ce portrait de Raphaël est bien, autant qu'un portrait physique, un portrait moral.
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