Simone Martini
Une scène de la Passion
Simone Martini choisit de représenter le moment où le Christ est emmené par les soldats hors de la ville de Jérusalem, pour être crucifié sur le mont Golgotha. Une grande foule se presse autour de Jésus, l’accompagnant dans sa montée au calvaire : des soldats dont les lances rythment la composition, des juifs et, à gauche, la Vierge, violemment repoussée par un soldat, soutenue par saint Jean. Au milieu du groupe des saintes femmes, Marie Madeleine lève les bras au ciel dans un geste de douleur pathétique. Le cortège décrit une courbe en sortant des remparts de la ville, certains regards se tendent déjà vers la scène suivante, la Crucifixion.
Un chef-d'œuvre de Simone Martini
La composition du Portement de Croix est extrêmement dense et chargée, une grande agitation anime la foule du cortège, qui semble cerner Jésus de toutes parts. Cet effet dramatique est renforcé par l’utilisation d’une perspective inversée et la disproportion des personnages par rapport à l’architecture. Le sens narratif de l’auteur se traduit par des détails réalistes, la forte caractérisation de certains personnages, les visages rudes des bourreaux, le profil au nez crochu de la vieille femme au manteau bleu par exemple, ainsi que la volonté d’exprimer la douleur et la souffrance : le geste pathétique de Marie Madeleine, mais aussi l’expression plus contenue, mais non moins intense, de la Vierge, repoussée dans son élan vers son Fils qui tourne son visage vers elle.
Poésie et vérité
La densité de la scène est compensée par l’extraordinaire élégance des lignes, la richesse des ornements dorés, comme les auréoles ou la cuirasse du soldat qui menace la Vierge, et surtout la préciosité et la subtilité de la palette : comme par exemple le rouge de la robe de Marie Madeleine qui fait écho à celle du Christ, ou l’orange délicat du vêtement du bourreau que laisse entrevoir son manteau bleu. L’atmosphère de cette scène, où Simone Martini mêle à la fois poésie et vérité, raffinement extrême et expression de la douleur la plus intense, donne à cette œuvre son caractère exceptionnel.
Un retable de dévotion privée
Le Portement de Croix constituait la face d’un des volets d’un petit retable de dévotion privée, peint sur ses deux faces. Lorsqu’il était ouvert, on pouvait voir quatre scènes de la Passion du Christ, Le Portement de Croix (Louvre), La Crucifixion et La Déposition (Anvers) et La Mise au tombeau (Berlin). À l’exception de celui du Louvre, demeuré intact, les revers de ces panneaux ont été sciés : La Vierge et L’Ange de l’Annonciation (Anvers) figuraient respectivement au dos de La Crucifixion et de La Déposition. Selon toute vraisemblance, les volets devaient se refermer en accordéon et seuls étaient alors visibles les revers du panneau du Louvre et de celui de Berlin, aujourd’hui perdu.
Le polyptyque Orsini
Ce polyptyque a sans doute été exécuté pour un membre de la famille romaine des Orsini, dont les armoiries figurent au revers du Portement de Croix, peut-être pour le cardinal Napoleone Orsini qui l’aurait commandé au maître siennois avant le départ de celui-ci pour la cour pontificale d’Avignon en 1336.
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