Saint Jean-Baptiste
Léonard de Vinci

Une nouvelle iconographie de saint Jean-Baptiste
La figure de saint Jean-Baptiste, particulièrement vénérée à Florence où prévalaient toutefois les représentations du saint enfant ou ascète, se résume, dans le tableau très novateur de Léonard, au sourire et au geste du doigt d’un jeune homme angélique : saint Jean-Baptiste pointe avec grâce et autorité son index vers la croix qu’il tient de l’autre main et vers une sorte de vérité supérieure à laquelle il invite à se conformer. Il est ici traditionnellement vêtu d’une peau de chameau, et non, comme on l’a dit parfois, d’une peau de panthère, qui indiquerait une parenté avec la figure mythologique de Bacchus, développée en fait par Léonard dans une autre composition du Louvre où le saint, travesti en dieu, est vu en pied dans un paysage. Saint Jean-Baptiste a toutefois ici la beauté ambiguë des divinités païennes, un peu comme le grand saint Michel de Raphaël a une beauté apollinienne et ceci relève du courant néoplatonicien caractéristique de la culture florentine dans laquelle Léonard s’était formé.

Le plus tardif des Léonard du Louvre
Le geste, qui rappelle une idée déjà mise en forme dans le carton pour La Vierge avec sainte Anne de Londres et qui ne cessera d’inspirer les peintres ensuite – par exemple dans la Sainte Famille aux anges d’Andrea del Sarto – et le sourire idéal sont les motifs essentiels de cette représentation. Ils répondent à la préoccupation majeure de Léonard, exprimée par lui dans son Traité de la Peinture, et selon laquelle le peintre doit figurer non seulement le personnage mais aussi le contenu de sa pensée. À cette simplicité de la composition, réduite à l’essentiel, répond une science accomplie des moyens formels : la fusion parfaite des contours dans la lumière, la finesse de la matière, le souci d’écarter tout artifice de la couleur grâce à une manière sombre et monochrome bien faite pour rivaliser avec l’ambition de plasticité de la sculpture.

Ces moyens permettent de situer le Saint Jean-Baptiste, dont on ignore le destinataire – si tant est qu’il en eut un –, au terme de la carrière de Léonard, dans les années passées à Rome entre 1513 et 1516.


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