Aphrodite de Cnide

Cette œuvre est une copie romaine d'un original en marbre réalisé par le sculpteur athénien Praxitèle. L'original a été acheté par la ville de Cnide, en Asie mineure, et placé dans un monoptère, c'est-à-dire un bâtiment constitué d'une seule colonnade. Il acquit très rapidement une grande célébrité, et fut l'une des statues les plus copiées de l'Antiquité. Pline l'Ancien la mentionne dans son Histoire naturelle, dans un commentaire très élogieux : « Sa Vénus est à la tête, je ne dis pas seulement de toute la production de Praxitèle, mais de celle de tous les artistes du monde, et bien des gens ont fait la traversée de Cnide pour aller la voir. [...] La chapelle où elle se trouve est ouverte de tous côtés, en sorte que de toute part on peut parfaitement voir la statue, au travail de laquelle la déesse elle-même, croit-on, s'intéressa. Et, sous quelque angle qu'on la regarde, l'admiration est la même. Selon la tradition, un homme s'éprit d'amour pour elle, se cacha durant la nuit, l'étreignit et une tache trahit sa passion ». [Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 20-21]

La copie que nous présentons est d'une grande qualité, mais elle est fragmentaire. La copie conservée au musée du Vatican permet de restituer l'œuvre entière : Aphrodite est en train de déposer son manteau sur une amphore, ou peut-être de le prendre pour voiler sa nudité, avant ou après qu'elle a pris un bain. Le bras gauche est légèrement plié de manière à ce que la main masque le sexe et le bras droit, plié et nettement détaché du corps, retient le manteau au-dessus de l'amphore.

Aphrodite est la déesse de l'amour, et sa nudité complète n'étonne pas un spectateur moderne, habitué à ce type de représentation. Mais les images d'Aphrodite nue ont un ancêtre commun, qui est l'Aphrodite de Cnide. L'œuvre de Praxitèle est en effet considérée comme le premier nu féminin de la grande statuaire grecque. Elle possède une puissance érotique dont de nombreux textes antiques, celui de Pline en particulier, se font l'écho : la déesse dissimule sa nudité, mais cette dissimulation constitue pour le spectateur une invitation à la contempler. Le sculpteur représente un corps féminin idéalisé certes, mais qui se caractérise aussi par des formes rondes et sensuelles. Alors que le flanc gauche de la figure forme presque une ligne droite, la ligne de la hanche droite est une ample courbe auxquelles répondent les lignes entourant le ventre et les formes des seins.

Stylistiquement, l'Aphrodite de Cnide est plus traditionnelle : la déesse est vue dans une attitude de transition qui rompt avec la pose stable et équilibrée des figures du style classique, mais qui est construite selon des procédés empruntés aux grands sculpteurs athéniens du Ve siècle, Phidias et Polyclète. Elle repose sur ce que les historiens nomment le chiasme : alors que la ligne des hanches est légèrement penchée vers la droite, la ligne des épaules est légèrement penchée vers la gauche.


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