Giambattista Tiepolo
Daphné cherche à échapper à Apollon. C'est l'ultime moment, celui où la nymphe va être rattrapée par le dieu. Alors, elle supplie d'être métamorphosée afin d'échapper à cette poursuite incessante et, au fond, perdue d'avance. Et c'est ce que nous voyons : l'instant de la transformation. Tiepolo traite son sujet en restant fidèle au texte d'Ovide. Ovide nous dit qu'aussitôt sa supplique achevée voici qu'une torpeur engourdit Daphné, que sa poitrine se couvre d'une mince écorce, que sa longue chevelure devient feuillage, ses bras rameaux, ses pieds racines, que son visage se perd en frondaison. Apollon la saisit, croit la saisir mais c'est un arbre qu'il serre dans ses bras. Un arbre sous l'écorce duquel il sent battre un cœur. C'est un arbre qu'il couvre de baisers. Alors il se rend à l'évidence, Daphné est devenue laurier. À l'exception de l'écorce qui bientôt va recouvrir le corps de la nymphe, c'est bien ce que nous voyons.
Mais il y a plus. Car c'est bien d'une mise en scène qu'il s'agit. Regardez, la composition montre une intrusion imminente des acteurs dans l'espace du spectateur, dans notre espace. Comme s'ils déboulaient au bout de leur course. Daphné est juste en dessous d'un arbre qui, tout en la protégeant, évoque sa transformation en espèce végétale. Apollon est là, près du but, il touche Daphné, alors que la métamorphose, due à l'intervention de Pénée, couché de dos au premier plan et reconnaissable grâce à ses attributs, rame et urne de terre, commence tout juste. Mais Daphné ne semble pas affectée par ce qui lui arrive ; la scène n'a pas ce côté tragique que la progression ovidienne rend si perceptible.
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