Le Guerchin
Réalisme et religion
Seul l’Évangile de Jean (11. 38-44) présente ce récit biblique. De nombreuses figures prennent place dans un cadrage étroit. Marthe et Marie ont reproché à Jésus d’avoir laissé mourir leur frère et l'artiste illustre le moment où Lazare tend ses bras liés vers un homme qui détache les cordes. Le Christ fait un mouvement d’une main. Le mort revient à la vie, et répond à l’appel du Sauveur. À genoux, Marie Madeleine, contemple Jésus d’un air reconnaissant tandis qu’un homme, penché sur la fosse se bouche le nez.
La scène évangélique est assimilée à une scène de genre. Les premiers modèles du Guerchin étaient souvent de type rustique, mais malgré l’absence visible d’intervention divine, le réalisme est chargé d’une exaltation idéalisée. Sacré et profane se mêlent.
Un éclairage violent
Une grande diagonale ascendante partant de la gauche du tableau vers la droite cerne la composition. Sept personnages ont tous des positions différentes. Les mains et les bras évoluent dans une gestuelle démonstrative d’un pouvoir puissant. L’action est saisie à son moment le plus dramatique.
Une douceur mélancolique et une expression romanesque émanent des personnages. La force de l’œuvre réside dans un contraste violent d’ombre et de lumière donnant beaucoup de fermeté et de relief à l’ensemble que rehausse l’utilisation de la macchia, la touche très personnelle de l’artiste, formée d’une grande tache colorée. Le Guerchin utilise fréquemment le bleu de lapis-lazuli, mais sa palette reste sombre.
Le peintre des personnalités ecclésiastiques
L’œuvre illustre la première manière de l’artiste avant son séjour à Rome (1621-1623) qui entraînera une évolution de son art vers davantage de classicisme. Le Guerchin a peint une tranche de vie au coloris dense et à la facture libre rendant la consistance des formes et leur mouvement dans l’espace.
La toile fut sans doute peinte pour le cardinal Serra, légat du pape à Ferrare, au cœur d’une région dont dépendait Cento, la ville natale du peintre. Protecteur de l’artiste et commanditaire de plusieurs œuvres importantes, ce prélat nomma l’artiste chevalier en 1620. Dès lors, il devint le peintre de tous les légats séjournant à Ferrare. La Résurrection de Lazare a été acquise à Naples pour Louis XVI.
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