Oskar Schlemmer
À l’issue de la Première Guerre mondiale, Oskar Schlemmer prend conscience de la nécessité de réévaluer la place de l’homme dans ce nouveau monde envahi par la technique. Cette période, qui a vu éclore de nouvelles idées théâtrales d’avant-garde, est marquée par l’élaboration du Ballet triadique. Aboutissement de dix années de recherches, cette danse, libérée de toute règle préétablie, est imaginée à partir de costumes polychromes mis en mouvement.
Lors de la première du ballet en 1922 à Stuttgart, Schlemmer lui-même endosse un costume, celui de L’Abstrait, qui incarne le « triomphe de la forme pure abstraite ». Ce sont ces treize figures du Ballet triadique qui se déploient sur une scène centrale dans l’exposition, suivant l’évolution progressive des séquences colorées du spectacle : l’univers jaune burlesque, l’environnement rose plus mesuré et enfin la séquence noire mystique et fantastique. En regard de celles-ci, un document exceptionnel, le livre d’esquisses Danses Figures, rassemblant 80 pages de croquis et études préparatoires, dévoile la genèse de l’œuvre.
Professeur au Bauhaus, Oskar Schlemmer (1888-1943), peintre, sculpteur, décorateur, scénographe et chorégraphe : un créateur puissant et protéiforme. En 1922, il crée, à l'atelier théâtre, Das Triadische Ballet (Le Ballet Triadique), en trois parties, sur une musique de Paul Hindemith. Il y fait tout : règle la chorégraphie, dessine les décors et les costumes, à la recherche d'un art total en résonance avec l’ère du mécanique et l'art des avant-gardes (abstraction géométrique, futurisme, dadaïsme, constructivisme). Il définit un nouvel espace scénique et donne priorité à l'expression du mouvement, contraignant le corps des danseurs par ses costumes abstraits, imposants et colorés.
Walter Gropius, qui a fondé et dirigé le Bauhaus jusqu’en 1928, rend hommage à Schlemmer dans son introduction à La scène au Bauhaus : « L’excellence artistique du travail d’Oskar Schlemmer est caractérisée par l’interprétation qu’il donnait de l’espace. On constate dans ses peintures comme dans ses œuvres pour la scène qu’il éprouvait l’espace de tout son corps, avec le sens tactile du danseur et de l’acteur, et non pas uniquement par la vue. Il traduisait dans le langage abstrait de la géométrie ou de la mécanique ses observations de la figure humaine en mouvement dans l’espace. Ses figures et ses formes sont de purs produits de l’imagination, ils symbolisent les types éternels du tempérament humain et de leurs diverses humeurs ; paisible ou tragique, comique ou sérieuse. Mû par la quête de nouveaux symboles, il estimait que la marque de Caïn de notre culture est que nous n’avons plus de symboles et, pire, que nous sommes incapables d’en créer de nouveaux » et « Je fus fortement impressionné de voir et d’éprouver dans son travail pour la scène la magie avec laquelle il transformait les danseurs et les acteurs en architectures en mouvement... »
Bauhaus
Et c'est aussi à Weimar qu'est née l'une des plus importantes écoles artistiques allemandes du XXe siècle: le Bauhaus. « Bauhaus » : pour un Français, c'est un mot qui sonne un peu austère, un peu froid. Il cache pourtant une véritable révolution artistique, sans laquelle le design et l'architecture du XXe n'auraient pas eu le même visage. Il a vu passer des artistes très célèbres, comme Vassily Kandinsky et Paul Klee, tous deux professeurs à l'école du Bauhaus.Car, le Bauhaus, que l'on pourrait traduire par « la maison de la construction », c’est avant tout le nom d'une école.
Elle fut créée à Weimar en 1919, par Walter Gropius, un architecte de 36 ans connu pour son style audacieux : des lignes et des angles droits, des façades en verre, pas d'ornement. Cela nous semble banal aujourd'hui - mais à l'époque, c'est carrément novateur.
Nommé directeur des deux écoles d'art de Weimar, l'école des Arts appliqués et l'école des Beaux-arts, Gropius décide de les faire fusionner pour créer le Staatliches Bauhaus au Weimar, que l'on appellera Bauhaus. La grande idée du Bauhaus, c'est de ne plus faire de distinction entre les beaux-arts, c'est-à-dire « l'art pour l'art », et les arts appliqués, c'est à dire l'art pour les objets. C'est une philosophie qui était déjà en germe au XIXe siècle, avec des mouvements comme Arts & Crafts en Angleterre, ou encore l'Art nouveau. Au Bauhaus, on apprend donc à créer des objets à la fois esthétiques, fonctionnels et innovants, destinés à une production en série, pour que l'art puisse entrer dans la vie quotidienne. Les élèves suivent et des cours de théorie artistique, où ils apprennent la forme, la couleur, avec des professeurs comme Paul Klee et Kandinsky et des ateliers techniques : de tissage, de poterie, de métal, de menuiserie, d'imprimerie... Là, ils apprennent les techniques, et créent aussi des prototypes d'objets.
Dans le style, le Bauhaus est très moderne : l'esthétique est simple, épurée, avec beaucoup de matériaux novateurs comme l'acier et le verre. Il y a peu de fioritures. On est dans la lignée des courants d'avant-garde de l'époque, notamment l'art abstrait géométrique : les toiles de Piet Mondrian, ou le constructivisme russe.
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