Piet Mondrian
Composition en rouge, bleu et jaune est une peinture à l'huile sur toile. Composition abstraite, elle consiste en plusieurs rectangles séparés par des lignes noires horizontales et verticales. Les deux tiers du tableau, en haut à droite, sont occupés par un carré rouge. Le coin inférieur gauche contient un rectangle bleu, le coin inférieur droit un rectangle jaune. Les autres rectangles sont blancs. La technique utilisée est complexe : Piet Mondrian composait l’œuvre au fusain, puis collait des morceaux de papier peint, ajoutait des bandes de ruban adhésif, de la peinture et encore un peu de fusain, puis, une fois la composition terminée, il remplaçait tous les éléments par de la peinture.
Qui pourrait deviner en voyant cette œuvre que l’artiste néerlandais Piet Mondrian (1872-1944) commença son parcours de créateur en peignant des œuvres représentant la réalité et la nature dans tous ses aspects et avec minutie : natures mortes et paysages de campagne ont été ses sujets dominants.
À partir de 1897 les choses changent petit à petit : Mondrian construit des œuvres faites de lignes claires, par l'utilisation du crayon noir, de l'aquarelle, de la gouache, dans des dominantes bleues, grises ou brunes. 1904, nouveau tournant : les paysages laissent la place à des scènes d'intérieurs traitées par de longs aplats de couleurs. Sa réflexion le mène à considérer que l'artiste doit saisir l'essence des choses, et s'échapper de la simple retranscription ou imitation de la nature, dans les limites de la perception.
Entre 1913 et 1914,
son cheminement l'amène à créer un langage pictural nouveau, ce qui en fait l'un des chefs de file et pionniers de l'art abstrait, alors en construction et en effervescence, aux côtés de Kandinsky, Kupka et Malevitch.
En 1914, Mondrian écrit : « Je construis des lignes et des combinaisons de couleurs sur des surfaces planes afin d'exprimer, avec la plus grande conscience, une beauté générale. La nature (ou ce que je vois) m'inspire, me met, comme tout peintre, dans un état émotionnel qui me pousse à créer quelque chose, mais je veux rester aussi près que possible de la vérité et à tout extraire, jusqu'à ce que j'atteigne au fondement (qui ne demeure qu'un fondement extérieur !) des choses […]. Je crois qu'il est possible, grâce à des lignes horizontales et verticales construites en pleine conscience, mais sans ‘‘calcul’’, suggérées par une intuition aiguë et nées de l'harmonie et du rythme, que ces formes fondamentales de la beauté, complétées au besoin par d'autres lignes droites ou courbes, puissent produire une œuvre d'art aussi puissante que vraie ».
En 1915, Mondrian évolue vers une abstraction plus pure, simplification radicale du graphisme qu’il traite avec de simples tirets horizontaux et verticaux. Le sujet semble s'effacer dans le processus de construction plastique du tableau. Petit à petit, Mondrian écarte « la forme et la couleur naturelles » et d’abord la courbe et le vert, pour ne plus s'exprimer que par « l’abstraction de toute forme et couleur, c'est-à-dire [...] la ligne droite et la couleur primaire nettement définie ». Il travaille avec les couleurs pures : rouge, jaune et bleu, qu’il associe au blanc, qui lui sert de fond, et au noir, qui délimite les couleurs entre elles. Il structure ses œuvres de manière géométrique en utilisant essentiellement des formes rectangulaires et des lignes d’épaisseur variable. Plus que tout compte le rapport entre couleurs, entre dimensions, entre positions.
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