Gustav Klimt
Pour mieux comprendre cette œuvre de 1908-1909, voyons qui était Gustav Klimt. Klimt naît en Autriche, tout près de Vienne, en 1862 et il meurt à Vienne en 1918. Pendant sa vie, l’Autriche-Hongrie et le monde change du tout au tout. La Première Guerre mondiale va détruire à jamais l’empire autrichien et son mode de vie, comme elle va détruire l’ancien monde européen. Klimt vit les derniers feux de l’empire : son art, comme celui de nombreux artistes, d’écrivains et d’intellectuels autrichiens de cette époque est comme le bouquet final d’un feu artifice venant clore une fête.
Son père est orfèvre-ciseleur et sa mère est chanteuse lyrique. Klimt entre en 1876, à 14 ans, à l'École des Arts Décoratifs de Vienne. En 1880, il crée un atelier de décoration avec son frère et un ami. La finesse de ses travaux est rapidement reconnue et il se voit confier de nombreuses décorations de murs et de plafonds de villas, théâtres d’édifices comme le palais royal roumain. Entre 1890 et 1895, il s’intéresse au symbolisme et à l'impressionnisme français. En 1897, Klimt et d’autres artistes créent une revue « Ver Sacrum » (Printemps Sacré) et participe la même année à la fondation de la « Secession », dont l'objectif est de réformer la vie artistique et de réaliser des œuvres d'art qui élèvent « l'art autrichien a une reconnaissance internationale à laquelle il aspire ». Il s'agit aussi pour ces artistes de combler le fossé entre l'art et les arts dits décoratifs qui sont à cette époque considérés comme des arts mineurs, de rapprocher les objets utilitaires et les objets d'arts, de transformer le au moyen des arts. Il s’agit aussi de s’éloigner l'art officielle et de l'académisme. Le magazine « Ver Sacrum » devient le moyen d'expression de la « Secession », et le porte-parole de cette volonté de changer le monde.
Venons en maintenant au tableau
Un couple est enlacé sur un parterre de fleurs et est enveloppé dans un ample vêtement doré. La décoration de ce dernier, à l'image d'une mosaïque, varie selon le sexe : des rectangles noirs et blancs pour l'homme, des cercles colorés pour la femme. De cet ensemble émergent les têtes et les mains qui constituent l'expression la plus forte de l'intimité dans cette peinture.
Cette peinture évoque un monde d'harmonie où le couple est isolé dans son amour, ignorant du monde. Le monde ? Il et là, représenté par le gouffre insondable au bord duquel le couple s’étreint. Fragilité des humains et de leurs sentiments ? Nous qui connaissons l’engloutissement du monde à venir dans l’effroyable tuerie de la guerre de 14-18, il nous est permis de voir dans le Baiser une sorte de prémonition. Mais il n’en n’est probablement rien : simplement le témoignage de la passion et de sa fragilité.
Un dernier mot, le Baiser est une peinture à l’huile recouverte de feuilles d’or et appartient au « cycle de l’or » du peintre. Certains disent que l’homme est Gustave Klimt lui-même et la femme, sa compagne. Mais il n’y a aucune certitude.
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