Châteaux de la Loire
La mort de Charles VIII
La veille de Pâques 1498. Le roi Charles VIII traverse la cour de son palais d'Amboise pour se rendre chez la reine. Il s'en va lui demander de venir voir avec lui jouer à la paume dans une galerie près des fossés. Charles s'arrête un instant à hauteur de la chapelle Saint-Hubert pour contempler l'état des travaux qu'il a entrepris dans le palais de son enfance. Il tente d'y joindre toutes les belles choses qu'il a vues en Flandres et en Italie et il est particulièrement fier de ce jardin italien qui surplombe la Loire. Ayant décidé sa femme, ils pénètrent dans une galerie, celle que l'on appelle la galerie Hacquelebac. C'est un lieu vétuste dont l'entrée s'est effondrée. Le roi, bien que de petite taille, se heurte le front contre le linteau. Il a un peu mal quand il assiste à la longue partie en conversant avec la reine et les autres spectateurs. Il félicite les joueurs. Et puis soudain, il devient pâle et se sent faible. Il prononce quelques paroles. Sans avoir le pressentiment de sa fin, il dit qu'il espère ne jamais commettre ni péché mortel, ni, s'il le peut, péché véniel. Il se tait, tombe à la renverse et perd connaissance. On l'allonge dans la galerie même sur une paillasse. Tout le personnel du château vient le voir. Il reste ainsi durant neuf heures. Et puis, il rend l'âme. Il était jeune et ne pensait pas à la mort, tout occupé qu'il était à construire sa belle maison d'Amboise. Et la reine Anne pensa qu'il était bien triste qu'il fut mort en un si vilain lieu.
François Ier
Avec l'avènement de François Ier, Amboise retrouve un nouveau lustre. Les salles du château sont richement meublées de tapisseries des Flandres, de tentures de Damas, de tapis importés de Turquie. Au début du règne de François Ier, les principaux traités sont signés à Amboise qui devenait ainsi le centre de l'histoire politique européenne, notamment la paix perpétuelle avec les cantons suisses à la suite de la victoire des Français à la bataille de Marignan et le concordat avec le pape Léon X, qui garantit à François Ier un plus grand pouvoir sur l'Église. En 1516, il signe avec Charles Ier d'Espagne la paix de Noyon, le premier renonçant à l'Italie et le second à la Bourgogne. Au traité de Cambrai, en 1517, François Ier, Maximilien Ier et Charles Ier se promettent de s'assister et s'engagent à lever une armée pour résister à l'Empire ottoman. C'est encore au château d'Amboise que François Ier prépare sa candidature à l'Empire et y reçoit à l'occasion les plus grands personnages d'Allemagne. Il se présente, en effet, comme le successeur et l'héritier de Charlemagne. Mais l'argent des Fugger et des Welser contribue à la victoire de Charles Ier, plus connu sous le nom de Charles Quint.
Les fêtes sous François Iee
Le roi aime le faste et organise des fêtes somptueuses, dont la plus célèbre est celle du 26 juin 1515 qui fête deux événements. Le premier est qu'il a obtenu de son épouse, Claude de France, le droit de disposer du duché de Bretagne, « comme de sa propre Chose et héritage ». Le second célèbre les noces du duc Antoine de Lorraine et de Renée de Bourbon-Montpensier, sœur du connétable Charles de Bourbon. Après le banquet, les convives assistent au spectacle d'une course au sanglier, dans la cour du château, transformée en champ clos. Serviteur de la Couronne depuis Louis XI, Pierre Sala raconte comment François Ier affronte l'animal en furie : « Le sanglier fonçait sur lui tout droit. Le roi, qui jamais n'était sans une bonne et forte épée bien tranchante et piquante ceinte à son côté, y met la main et la tire. Quand le sanglier se voit approché de lui environ la longueur de deux toises, il se rue vers lui, pensant lui donner de sa dent dans la cuisse, et lui faire plaie mortelle. Mais le roi, qui est hardi et assuré, avance d'un demi-pas, et de sa bonne épée lui donne un coup de pointe dans le poitrail par si grande force qu'il la lui passe tout au travers du corps. Se voyant atteint, le sanglier laisse le roi et s'en va descendre par l'autre vis qui était devant le puits, marche dedans la cour environ cinq ou six pas, puis tombe mort... ».
Léonard de Vinci
Le mois de mai 1519 fait resplendir les paysages du pays de Loire. Les journées sont claires et préviennent d'un été qui sera resplendissant. Le soleil fait chanter la couleur des toits du château d'Amboise. En ce 2 mai le roi François, premier du nom, s'avance dans l'allée accompagné d'un de ses pages. Aucun apparat de cour ne l'entoure. Son visage n'exprime plus la majesté qu'il s'efforce toujours d'y mettre. C'est un homme seul, au regard doucement triste, inquiet, qui se dirige vers le Clos-Lucé. À pas feutrés, le voici qui entre dans le manoir, s'avance jusqu'à la chambre de son vieil ami qui va mourir. Léonard de Vinci repose dans son lit, immobile. Ses yeux sont clos et ses lèvres accompagnent dans un faible murmure les prières que récite le moine agenouillé à son chevet. François s'assied au bord du lit. D'une main, il soulève avec douceur la tête à longue barbe blanche. Avec son autre main, il enserre avec tendresse la main qui peignit tant de chefs-d'œuvre qu'elle en est devenue elle-même chef-d'œuvre fascinant. Il approche son visage de celui du mourant. Un instant, les yeux du vieillard s'ouvrent et laissent filtrer ce regard qui anticipa presque la mécanique des siècles à venir. Les lèvres esquissent un bref sourire. Dans la main royale, la tête chenue s'alourdit. Les yeux se sont fermés pour toujours. Léonard de Vinci n'est plus. Le murmure des prières s'élève à nouveau dans la chambre, mêlé aux sanglots du jeune page. Le roi se lève comme un homme de douleur. Accablé, il se retire et regagne lentement son palais. Le trajet est court du Clos-Lucé à Amboise. Aujourd'hui, il a la longueur des peines humaines.
La conjuration d'Amboise (1560)
La nuit est enfin descendue sur Amboise. Ce soir, la silhouette du palais qui se découpe sur le ciel ne suscite pas chez ceux qui passent la mémoire des fêtes royales. Dans le royaume déchiré par la guerre civile, le roi François II et sa mère n'ont guère d'autorité. Chaque parti veut imposer la sienne. Une fois encore, le roi et sa mère ont dû fuir Paris, capitale toute dévouée à la Ligue catholique et à son chef le duc de Guise. Ils ne se doutent pas que, sous la conduite de leur chef, le prince de Condé, et organisés par La Renaudie, cinq cents protestants à cheval et quelques hommes à pied se sont approchés d'Amboise. Que veulent-ils, ces conjurés ? Veulent-ils la mort du roi ? Certes non. Ils veulent s'assurer un temps de sa personne et obtenir de la justice royale la fin de l'autorité usurpée de la famille de Guise. L'heure est venue. Chacun s'apprête à accomplir ce qu'il a juré de faire. Ils n'ont pas le temps. Quelqu'un les a trahis. Arrêtés, conduits en prison, torturés, ils sont exécutés pour crime de lèse-majesté. Les uns sont décapités devant la cour. Les autres pendus. Le massacre des protestants s'étend à travers la ville. Cette nuit, au garde-corps de la salle des États, au troisième étage du logis royal, des corps suppliciés pendent. Ils sont là pour servir d'exemple. Ce sont eux que regarde un petit garçon de huit ans, tapi dans l'ombre avec son père. Il est huguenot. Et monsieur d'Aubigné, à mi-voix, fait jurer à son fils Agrippa de venger, un jour, ces hommes qu'il regarde effrayé. Dès lors Agrippa d'Aubigné, poète et soldat, fidèle à son serment, ne cessera plus de combattre pour sa foi.
Édit d'Amboise
Dans un but d'apaisement, la paix d'Amboise, signée par Catherine de Médicis et Condé en 1563, accorde une amnistie complète et garantit aux huguenots la liberté de conscience, l'exercice du culte dans certaines limites territoriales. Mais cet édit suscite de vifs mécontentements à Paris, la ville du roi Très Chrétien. Claude Haton rapporte que « les trompettes et crieurs qui en firent le cry et publication coururent le danger d'être tuez par la commune qui s'éleva contre eux ». Le parlement de Paris retarde la transmission de l'édit aux juridictions subalternes. Les bons effets de ce traité de paix seront de courte durée.
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