Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Joachim du Bellay
Probablement le poème le plus célèbre de Joachim du Bellay. Nous avons tous au moins un des vers dans notre mémoire. Le poète y exprime avec une nostalgie poignante son amour pour son Anjou natal que nulle grandeur romaine ne peut égaler dans son cœur.

Avec une extraordinaire économie de moyens, il arrive à dégager en quelques mots ce qui caractérise sa province. Avec des images qui sont encore aujourd'hui les nôtres (la cheminée, les toits d'ardoises) il sait peindre cette douceur angevine dont il se demande avec une triste angoisse s'il la reverrra un jour.


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

Joachim du Bellay
Les Regrets, 1558

🖼️ Cette fiche contient des illustrations et ressources interactives

Images, vidéos et outils pédagogiques disponibles sur l'interface complète.

📖 Voir la fiche complète →