Jean-Antoine de Baïf
Depuis le jour que mon âme fut prise
Par tes doux feux traîtrement gracieux,
Un seul doux trait jusqu'ici de tes yeux
N'avait ta grâce à mon ardeur promise :
Elle aujourd'hui, par longue usance apprise
De se nourrir en travaux soucieux,
M'a quitté presque au goût délicieux
D'un nouveau bien, dont ton œil l'a surprise.
Ô gaie œillade, œillade qui vraiment
As effacé tout cela de tourment,
Que j'endurais depuis ta sœur aînée.
Un an entier avait langui mon œur,
Puisse-t-il languir en la même langueur,
Moi, t'essayer encor une autre année.
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