Blason du beau tétin
Clément Marot
Le blason cherche à faire la louange de l'être aimé et parfois, plus rarement, la satire, car Clément Marot a aussi écrit un blason du « laid tétin ». Il est aussi l'occasion pour le poète de montrer sa virtuosité.

Tétin refait, plus blanc qu'un œuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tétin qui fait honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose,
Tétin dur, non pas tétin voire,
Mais petite boule d'ivoire
Au milieu duquel est assise
Une fraise ou une cerise
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage qu'il en est ainsi.
Tétin donc au petit bout rouge
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller
Tétin gauche, tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui porte témoignage
Du demeurant du personnage,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir :
Mais il se faut bien contenir
D'en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie.
Ô tétin ni grand ni petit,
Tétin mûr, tétin d'appétit,
Tétin qui nuit et jour criez
« Mariez-moi tôt, mariez ! »
Tétin qui t'enfles, et repousses
Ton gorgias de deux bons pouces :
À bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t'emplira,
Faisant d'un tétin de pucelle
Tétin de femme entière et belle...

Clément Marot
Épigrammes, (1535)
Blason du beau tétin (extrait)

La virtuosité du poète
Le poème de Marot évoque le « beau tétin » aux divers âges de la vie de la femme et le poète parvient à allier deux aspects : une évocation parfois très sensuelle du « beau tétin » qui évite cependant toute vulgarité et la personne tout entière qui est parée de ce « beau tétin ».

Le poète évoque tout d'abord la jeune fille et la beauté du sein « tout neuf » : le tétin révèle alors sa pureté (blancheur) ; sa délicatesse (comparaison à la rose) ; sa pudeur (« que nul ne voit, ne touche aussi ») et sa sagesse bien tenue par le corsage (« qui jamais ne se bouge »). On comprend mieux ses images en regardant les peintures du XVIe siècle qui montrent la manière dont étaient vêtues les femmes à cette époque. Enserrées dans leur corsage, elles laissaient voir largement le dessus du sein ne voilant que ce que le poète nomme « une fraise » ou une « cerise ».

Puis le poète évoque la jeune femme : le tétin « mûr » invite alors au mariage et renvoie au désir de la maternité.

Quant au poète, si jamais il connaît la tentation, il s'en détourne : la pudeur de la jeune fille est sa meilleure protection...

Michel Tichit

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