Pierre de Ronsard
Les derniers vers de Ronsard, parus à titre posthume, évoquent souvent la mort. Le ton paraît grave, sincère et plein de retenue. La peinture réaliste de la déchéance physique montre combien le poète est conscient qu'il est parvenu à la fin de sa vie ; mais l'assurance de retrouver dans l'au-delà ses « chers amis » témoigne de la foi religieuse du poète.
Je n'ay plus que les os, un schelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils deux grans maistres ensemble,
Ne me sauroient guérir, leur mestier m'a trompé,
Adieu plaisant soleil, mon œil est estoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.
Quel amy me voyant en ce point despouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lict et me baisant la face,
En essuiant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu chers compaignons, adieu mes chers amis,
Je m'en vay le premier vous préparer la place.
Pierre de Ronsard
Derniers vers, 1586
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