La Bible, La Genèse
Le « vélo d'Abraham »
Il y a en Hollande, une jolie expression qui désigne les vélos a assistance électrique : on les appelle les vélos d'Abraham, car ils permettent aux personnes âgées, voire très âgées de continuer à pratiquer la bicyclette.
L'histoire commence avec Abraham
Selon la Bible, il y a environ quatre-mille ans, un homme du nom d'Abram entend au fond de lui-même la parole de son Dieu qui lui enjoint de partir et d'aller vers là où Il lui indiquera. Cette voix intérieure lui fait une promesse : celle de faire de lui, c'est-à-dire de ses descendants, une nation, d'être béni et d'avoir un grand nom.
Abram vit à Ur en Chaldée et fait partie d'un clan de nomades qui parcourt, avec ses troupeaux, les steppes et les plaines de la région. Au fond, si l'on y regarde de près, l'événement ne semble pas bien important ; il est même banal : un clan de nomades quitte sa région d'origine pour aller devant lui prospecter d'autres terres pour ses bêtes. Et pourtant, de cet événement qui devait être commun à cette époque, procéderont, dans la suite des temps, les trois religions monothéistes qui se réclament et du Dieu unique et d'Abram, qui s'appellera un jour Abraham.
« Je donnerai ce pays à ta postérité »
Abram, « a abandonné les rites de ses ancêtres, qui rendaient honneur à une multitude de dieux, pour adorer le seul dieu du ciel qui lui ordonna de sortir du pays de Chaldée et d'aller demeurer en Canaan ». Abram s'en va. Il part avec sa femme, Saraï, son père Térah, et son neveu Loth.
À Canaan il pâture avec ses bêtes de campement en campement sans trop de conflit avec les Cananéens, semble-t-il. C'est en Canaan, à Sichem, qu'Abram entend son Dieu lui renouveler sa promesse : « Je donnerai ce pays à ta postérité ». Ainsi, c'est à Sichem que Canaan devient la Terre promise pour Abram et ses descendants. La vie se déroule conforme à l'existence traditionnelle des pasteurs nomades et les conflits qui surgissent sont ceux de tous les pasteurs. Ainsi, les troupeaux d'Abram et de Loth se révèlent être trop nombreux pour faire un pâturage commun et les deux hommes décident de se séparer. Loth se dirige vers Sodome et Gomorrhe tandis qu'Abram va vers Mambré, non loin d'Hébron.
Roi de Shalem, Melchisédech, bénit Abram
Loth est fait prisonnier au cours de l'attaque de Sodome et de Gomorrhe par quatre rois. Abram organise une petite armée et délivre son neveu. Roi de Shalem, Melchisédech, bénit Abram après sa victoire et lui apporte le pain et le vin. Abram, en retour, lui accorde un dixième de son butin. Dieu promet une nouvelle fois une nombreuse descendance à Abram.
Qui est Melchisédech ? Son nom signifie « roi charitable » ou roi de justice (en hébreu, tsedaka désigne la charité). Quant à Shalem dont il serait le roi, le mot signifie « paix ». On ne sait pas. Melchisédech apparaît deux fois dans l'Ancien Testament, dans la Genèse qui montre Abraham rencontrant cette figure mystérieuse dont on ne sait rien de plus et qui prononce la bénédiction : « Béni soit Abraham par le Dieu très haut qui créa ciel et terre, et béni soit le Dieu Très Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains ». (Genèse 14, 18-20)
Le nom de Melchisédech apparaît à nouveau dans le livre des Psaumes : « Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melchisédech. » (Psaume 110, 4) Mais Melchisédech apparaît aussi dans le Nouveau Testament, plus exactement dans l'Épître aux Hébreux où il est dit que Melchisédech est la préfiguration du Christ lui-même.
Agar
Mais malgré la promesse divine, Saraï est sceptique, car elle a quatre-vingt-dix ans et Abram cent ans : comment pourra-t-elle enfanter en son grand âge, alors que toute sa vie, elle s'est montrée stérile. Comment dans ces conditions peut se réaliser la promesse de faire de la postérité d'Abram, une population aussi nombreuse que les étoiles ou les grains de sable.
Alors Saraï propose à Abram de faire un enfant avec Agar, sa servante égyptienne. Cette proposition s'inscrit dans la tradition régionale et le code d'Hammourabi en fait état : lorsque l'épouse est stérile, le mari pouvait demander à sa femme de choisir une servante ou une esclave pour faire un enfant. Enceinte, et toute fière de l'être, Agar se moque de Saraï qui la chasse dans le désert. Un ange, que la jeune femme trouve auprès d'un puits, lui conseille de rentrer et de s'humilier devant ses maîtres. Agar accouchera d'un fils, Ismaël.
Changer de nom
Dieu réitère ses promesses et change le nom d'Abram en Abraham qui signifie « père de multitude » et celui de sa femme Saraï en Sarah (qui signifie « princesse »).
Dans les temps bibliques, le changement de nom est lourd de sens, il est une sorte de nouvelle naissance, d'une nouvelle vie, d'une rupture avec le passé. C'est seulement après cette rupture qu'Abraham et Sarah pourront avoir un enfant, l'enfant de la Promesse.
Nous retrouverons l'importance symbolique du changement de nom plus tard, quand Dieu changera le nom de Jacob en celui d'Israël. Dans le même temps, Dieu demande à Abraham de se circoncire ainsi que tous les siens en signe d'alliance. Nous sommes bien à l'aube d'un temps nouveau.
Abraham et les trois anges
Un jour qu'Abraham est assis dans son campement sur le seuil de sa tente, dans la vallée de Mambré, il voit debout sous un chêne trois hommes qu'il prend pour des voyageurs. Il se prosterne devant eux, fait apporter de l'eau pour leur laver les pieds, ordonne à ses serviteurs
d'apprêter un veau et à Sarah de préparer des gâteaux. Il y ajoute lui-même de la crème et du lait.
En agissant ainsi, Abraham ne fait que se conformer à la coutume orientale qui voit en chaque visiteur
comme un messager de Dieu, symboliquement reçu comme tel.
Mais, ce jour-là, à Mambré, le symbole devient réalité : Dieu lui-même et deux de ses anges visitent Abraham. Dieu annonce au couple la naissance d'un fils. Sarah éclate de rire. L'un des anges la réprouve en lui disant « rien n'est impossible à Dieu ». Et effectivement, un fils naîtra l'année suivante, un fils qui sera nommé Isaac, c'est-à-dire « le fils du rire ».
Agar et son fils Ismaël
Isaac est né. Sarah, inquiète pour l'héritage de son fils, use de toute son influence sur Abraham pour qu'il chasse Agar et son fils Ismaël. Abraham finit par y consentir et Dieu lui promet de protéger la mère comme le fils. Abraham donne à Agar une outre pleine d'eau et du pain et Agar part dans le désert.
Le chemin est long et les provisions s'épuisent. À bout de forces, de soif et de faim, Agar, désespérée, finit par poser Ismaël à terre et s'éloigne de lui, « à une portée d'arc » pour ne pas entendre les cris et voir son enfant mourir. Un ange entend les cris de l'enfant et apparaît à Agar. Il lui indique l'emplacement d'un puits. La mère et l'enfant sont sauvés. Ils s'établiront dans le désert.
Ismaël est l'ancêtre éponyme des douze tribus arabes de Transjordanie et du Nord de l'Arabie.
Sacrifice d'Abraham
L'évocation d'une coutume très ancienne ?
Isaac grandit et Dieu, pour éprouver la foi de son serviteur, commande à Abraham de lui sacrifier Isaac, ce fils unique et tardif. Abraham n'hésite pas.
De bon matin, il selle son âne, coupe du bois pour le sacrifice et gravit la montagne avec Isaac et deux serviteurs. Trois jours plus tard, il aperçoit le sommet que Dieu lui désigne comme le lieu du sacrifice. Il le gravit seul avec l'enfant qui s'étonne de ne pas voir de bête à sacrifier. Dieu y pourvoira répond Abraham. Lorsque l'autel est dressé, l'enfant attaché dessus, un ange arrête la main du sacrificateur. Abraham aperçoit alors un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il détache son fils et sacrifie le bélier. Puis il redescend avec ses serviteurs. Dieu, satisfait de l'obéissance d'Abraham, preuve d'une foi sans défaut, le bénit et lui rappelle les promesses qu'Il lui a faites.
Cet épisode du sacrifice d'Isaac, peut aussi être compris comme l'évocation d'une coutume très ancienne qui consistait à sacrifier les premiers-nés. Ainsi à Guer, un des lieux cultuels de Canaan, on a retrouvé un grand nombre de jarres contenant des squelettes de petits enfants, dont presque tous avaient moins de huit jours. La scène devient alors le signe d'un changement de conception au sein d'une culture, le refus du sacrifice humain.
Les enfants d´Abraham
Abraham est considéré comme l'ancêtre du peuple d'Israël, au travers de la lignée d'Isaac et de Jacob. Les« enfants d'Abraham est donc une formule métaphorique qui désigne le peuple d'Israël. Mais cette désignation n'est pas uniquement celle de la descendance réelle ou charnelle des patriarches.
Elle est aussi celle de tous ceux qui se revendiquent de la foi dans le Dieu d'Israël. Ceux qui se réclament de la foi sont les « fils d'Abraham ».
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