La Bible, Le temps des Rois
Saül, oint par Samuel, premier roi d'Israël
Saül, le premier roi d'Israël était membre de la tribu de Benjamin. S'il faisait partie d'une petite tribu, celle-ci n'en était pas moins liée à la maison de Joseph, ce qui était un atout majeur. De plus, Saül, de haute lignée, montrait de remarquables qualités militaires, ce qui était essentiel en ces temps de guerre perpétuelle. Samuel rencontre Saül un jour où il était à la recherche de ses ânesses et lui donne l'onction royale en lui versant sur la tête de l'huile sainte. Saül fut proclamé roi au sanctuaire de Gilgal et acclamé en tant que tel par le peuple.
Courageux et fin stratège, Saül avait un caractère ombrageux et il semble qu'il ait été bipolaire. Son comportement, notamment après la victoire d'Amalek, amena la rupture avec Samuel qui se mit en quête d'un nouveau roi. Après la mort de Samuel et conformément à l'oracle de la pythonisse d'Endor que Saül était allé consulter et qui avait évoqué l'ombre de Samuel, ombre qui lui prédit la défaite et sa fin, Saül fut tué avec trois de ses fils à Gilboé en livrant bataille aux Philistins.
Saül, roi d'Israël. Il ne faut pas imaginer le pouvoir royal de cette époque comme celui des temps modernes. Il s'agit surtout d'une monarchie à caractère familiale et militaire, comme le montre le rôle d'Abner et de Jonathan. De plus, Saül ne règne pas sur tout le pays. Malgré tout, il est probable que Saül installa une organisation administrative embryonnaire.
Pourquoi Yahvé rejette Saül ?
Samuel se rendit auprès du roi et lui annonça qu'il venait de la part de celui qui l'avait appelé au trône. « Ainsi parle Yahvé des armées, lui dit-il : Je veux demander compte à Amalek de ce qu'il fit à Israël, quand il lui barra le chemin à sa sortie d'Égypte. Va donc, frappe les Amalécites, et voue à l'interdit (c'est-à-dire l'anathème) tout ce qui leur appartient. Tu seras pour eux sans pitié; tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et brebis, chameaux et ânes. » (1 Samuel 15)
Cette expédition n'était qu'un acte d'obéissance envers Yahvé et n'avait d'autre but que d'exécuter les jugements du ciel. Yahvé voulait que toutes les nations pussent constater que le châtiment des Amalécites qui avaient insulté sa souveraineté leur était infligé par le peuple même qu'ils avaient méprisé. Dès qu'il eut reçu la mission d'attaquer les Amalécites, Saül mobilisa Israël et « Saül battit Amalek jusqu'à Sur, qui est vis-à-vis de l'Égypte. Il prit vivant Agag, roi des Amalécites, et il fit passer tout le peuple par le fil de l'épée, le vouant à l'interdit. Mais Saül et le peuple épargnèrent Agag, ainsi que les pièces de choix du menu et du gros bétail, les bêtes de seconde portée, les agneaux et tout ce qu'il y avait de meilleur. Ils ne voulurent point les vouer à l'interdit ; ils vouèrent seulement à l'interdit tout ce qui était chétif et sans valeur. »
Ainsi, l'arrêt de Yahvé qui vouait Amalek à une destruction complète ne fut que partiellement mis à exécution. Saül, en imitation des rois du Moyen Orient, avait épargné Agag, le roi des Amalécites pour en faire un témoignage de son triomphe. Le peuple, quant à lui, peuple s'était réservé les plus belles pièces de bétail et les meilleures bêtes de somme. Il s'en justifiait par l'intention d'en faire des sacrifices à Yahvé ; mais son véritable dessein était d'épargner son propre bétail en employant celui de l'ennemi.
Saül venait de prouver par ce geste transgressant l'ordre divin qu'il avait la volonté de gouverner à sa guise. De ce fait, il n'était digne de représenter Yahvé sur le trône d'Israël. Lorsque Saül et ses troupes revinrent couverts de gloire, la maison de Samuel baignait dans la tristesse. Yahvé lui dit « Je me repens d'avoir établi Saül pour roi ; car il s'est détourné de moi et n'a pas exécuté mes paroles. » (1 Samuel 15, 11) Samuel passa toute la nuit à pleurer et à demander à Yahvé de rapporter la terrible sentence. « Celui qui protège Israël à jamais ne ment pas et ne se repent point ; car il n'est pas un homme pour se repentir. » (1 Samuel 15, 29)
Le lendemain matin, le cœur oppressé, le prophète se mit en route pour se rendre auprès d'un roi égaré, tout en nourrissant l'espoir que celui-ci reconnaîtrait son péché et pourrait ainsi rentrer dans la faveur de Dieu. Saül vint à la rencontre du prophète un mensonge sur les lèvres. « Sois béni de Yahvé ! s'écria-t-il ; j'ai exécuté l'ordre de Yahvé. »
Quand Samuel vint voir Saül, il lui demanda « Quel est donc ce bêlement de brebis qui frappe mes oreilles, et ce mugissement de bœufs que j'entends ? » Saül répondit : « Le peuple les a amenés de chez les Amalécites; car le peuple a épargné ce qu'il y avait de meilleur en fait de brebis et de bœufs, pour les sacrifier à l'Éternel, ton Dieu ; le reste, nous l'avons voué à l'interdit. » le roi tentait ainsi de se défausser sur son peuple qui n'avait fait que suivre ses ordres. Sans se laisser tromper par les explications du roi, Samuel lui dit « Je vais t'apprendre ce que Yahvé m'a dit cette nuit : Lorsque tu étais petit à tes propres yeux, n'es-tu pas devenu le chef des tribus d'Israël, et Yahvé ne t'a-t-il pas oint roi d'Israël ? » Puis, il lui répète l'ordre de Dieu relatif à Amalek, et lui demande la raison de sa désobéissance.
Saül tente de se justifier : « J'ai pourtant obéi à la voix de Yahvé ! Je suis parti pour accomplir la mission qu'Il m'avait confiée. J'ai amené Agag, roi d'Amalek, et j'ai voué à l'anathème les Amalécites. Mais le peuple a choisi, au milieu du butin, pour prémices de l'anathème, des brebis et des bœufs, afin de les sacrifier à Yahvé, ton Dieu, à Guilgal. » Et Samuel de dire : « Yahvé, dit-il, prend-il autant de plaisir aux holocaustes et aux sacrifices qu'à l'obéissance due à sa voix ? Or, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice ; la soumission vaut mieux que la graisse des béliers ; la rébellion est aussi coupable que la magie ; la résistance est semblable au crime de l'idolâtrie. Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi et te dépouille de la royauté. »
Saül, terrorisé, crie : « J'ai péché, j'ai transgressé l'ordre de Yahvé et tes instructions. Je craignais le peuple, et j'ai cédé à sa voix. » (...) « Maintenant, je te prie, pardonne mon péché, reviens avec moi, et je me prosternerai devant Yahvé. »; Je ne retournerai pas avec toi, lui répond le prophète ; « car tu as rejeté la parole de Yahvé, et Il t'a rejeté, afin que tu ne sois plus roi sur Israël. » Au moment où Samuel tournait le dos pour s'en aller, Saül, pris de frayeur, et voulant le retenir, « saisit le pan de son manteau, qui se déchira » et lui resta entre les mains. » ; « Samuel lui dit : « C'est ainsi que Yahvé t'arrache aujourd'hui la royauté d'Israël, pour la donner à ton prochain, qui est plus digne que toi. » Samuel ordonna qu'on amenât devant lui le roi des Amalécites, Agag et Samuel le fit exécuter en présence de Yahvé, à Guilgal. » Puis il retourna en sa maison à Rama, et Saül rentra chez lui.
Avec Saül, Yahvé avait donné à Israël un roi tel qu'il le désirait. Lors de la confirmation de la royauté à Guilgal, Samuel avait dit: « Voici le roi que vous avez choisi, que vous avez demandé. ». (1 Samuel 12, 13) Maintenant, Yahvé va appeler au trône « un homme selon son cœur » (1 Samuel 13, 14), un homme qui, loin d'être parfait, marchera avec Dieu et se laissera guider par son Esprit et acceptera ses sanctions.
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