Ovide, Les Métamorphoses, livre 1
Le Déluge
Devant cette terre gorgée de sang, ces humains assoiffés de pouvoir et de richesses, ces guerres et ces meurtres, ce mal qui se développe en abomination, Jupiter décide la fin de la vie sur terre. Il hésite sur les moyens : le feu, le fer, la foudre, les flammes sont sa première idée. Mais, il se reprend de peur d'enflammer tout l'éther et l'univers entier et se décide pour les eaux. Jupiter décide de noyer la terre sous un déluge.
Alors il convoque les vents et les eaux – celles du ciel, des fleuves et des mers. La tempête se déchaîna et le déluge s'abattit sur la terre entraînant tout ensemble les moissons, les arbres, les bêtes, les hommes, les maisons, les sanctuaires. Tout fut sens dessus dessous : là où les chèvres broutaient se posèrent les phoques. Et les dauphins devinrent les hôtes des forêts. Le monde ne fut plus qu'une nappe liquide et les vivants s'y noyèrent et ceux qui ne furent pas engloutis moururent de faim.
Deucalion et Pyrrha
De tous les humains, il ne resta qu'un homme et qu'une femme. Deucalion, fils de Prométhée et sa femme Pyrrha, fille d'Épiméthée. Réfugiés sur une frêle embarcation. Deucalion et Pyrrha étaient bons et honnêtes, justes et vertueux, vivant dans la crainte des dieux, la piété et la dévotion. Alors Jupiter sonna la retraite des eaux, la fin du déluge. Le monde fut rendu à sa forme première mais ravagé, dévasté, plongé dans un profond silence.
Devant ce spectacle, Deucalion, empli de terreur, pleura et comprit qu'ils étaient avec sa femme les seuls survivants de l'humanité et que c'était à eux de repeupler la terre. Le couple implora les dieux, interrogèrent les oracles, se purifièrent sur les bords du Céphise, allèrent implorer Thémis en son temple et furent effrayés par l'état de délabrement du temple avec son fronton moisi et son autel sans feu.
L'oracle de Thémis
à genoux, ils demandèrent à Thémis comment réparer cet outrage dont ils savaient les humains coupables. Alors Thémis leur dit de s'éloigner du temps, de se voiler la tête, de dénouer leur ceinture et de jeter derrière leur dos – à pleines mains – les os de leur grand-mère.
Le couple à ces mots fut frappé de stupeur et Pyrrha parla de refuser cet ordre qui lui semblait sacrilège. Puis le couple se mit à réfléchir au sens de ces paroles qui apparemment étaient folles. Deucalion comprit que la grand-mère dont parlait Thémis était la terre et que les os étaient les pierres dans le sol.
La nouvelle humanité
Ainsi l'oracle n'est pas sacrilège. Pyrrha ne fut pas réellement convaincue par l'interprétation de son mari, mais accepta de tenter l'expérience. Ils firent donc ce qu'ordonnait l'oracle.
Alors les pierres s'amollirent, commencèrent à prendre forme ; lentement des ébauches de figures humaines prirent corps.
Toutes les pierres lancées par l'homme devinrent des hommes et celles lancées par la femme devinrent des femmes. L'humanité couvrit à nouveau la surface de la terre.
Ovide nous dit qu'issus de pierres, les hommes que nous sommes en ont la dureté : les hommes d'aujourd'hui sont
une race dure, à l'épreuve du travail le plus pénible.
La terre comme matrice
Grâce à Deucalion et Pyrrha, la terre fut repeuplée d'humains. Qu'advint-il des animaux qui eux aussi avaient disparu sous les flots du déluge ? Ovide nous dit que la terre elle-même les enfanta selon un processus que nous appellerions de fermentation limoneuse.
Voici le processus tel qu'il est décrit par Ovide. Une fois le déluge terminé, l'eau à la longue s'échauffa jusque dans ses profondeurs sous le soleil, les boues et les marécages fermentèrent sous la chaleur et de ce fait, les semences, germes des animaux à venir, furent nourris dans un sol vivifiant et prirent forme peu à peu et grandirent comme dans le ventre maternel. C'est en ce sens que l'on dit que la terre enfanta les animaux ; pas mythiquement mais selon un processus décrit – nous dirions scientifiquement.
Les crues du Nil
D'ailleurs Ovide appuie sa démonstration sur l'exemple des crues du Nil telles qu'on les comprenait alors.
Le limon laissé par la crue, chauffé par le soleil donne naissance à toutes sortes d'animaux que les paysans découvrent en retournant le sol pour les labours. Ces mêmes paysans, affirme Ovide, en voient un grand nombre au tout début de leur formation, encore dépourvus de leurs organes essentiels et, pour certains, dans le même corps, ayant une partie vivante et l'autre encore de limon informe.
Ce qu'Ovide nous propose là, c'est une sorte d'embryogenèse où la terre joue le rôle de matrice. Ovide va plus loin dans son développement en posant comme principe que l'humidité et la chaleur lorsqu'elles se combinent engendrent la vie et que toutes choses sortent de cette union. L'heureuse combinaison d'éléments discordants, dit-il, engendre la vie. Métamorphose au sens strict et pur du terme tel que le conçoit Ovide.
Apollon et les jeux pythiens
C'est donc ce qui se passa après le déluge. Et la terre enfanta des formes animales identiques à celles du passé
mais aussi de nouvelles, inconnues jusque-là. Ainsi Python, être rampant de forme inconnue,
objet de terreur parce que monstre immense, symbole des divinités chtoniennes, qu'Apollon tua de ses flèches.
Pour que le souvenir de son exploit fût éternel, Apollon créa les jeux pythiens où de jeunes hommes concourraient
à la lutte, à la course, en char, avides d'obtenir la victoire et de recevoir la couronne de feuilles de chênes.
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