Ovide, Les Métamorphoses, livre 7
Minos, le roi de Crète
Égée et Thésée se sont retrouvés. Tout Athènes est en liesse. Mais, pour Ovide (et il nous le dit) il y a toujours un peu d'inquiétude dans le bonheur. Et c'est le cas ici. Minos, le roi de Crète, prépare la guerre contre Athènes. Cette guerre, il la veut pour venger la mort de son fils Androgéos qui était venu à Athènes pour les Panathénées, fut vainqueur aux jeux et tué par les Athéniens jaloux.
À la tête de sa puissante flotte, Minos fait le tour des îles et des côtes pour se faire des alliés afin que ses forces soient invincibles.
Céphale chez Éaque
Le voici qui arrive à Égine où règne Éaque. Minos demande à Éaque de s'allier avec lui contre Athènes. Éaque refuse et Minos se retire proférant des menaces. Au moment où Minos quitte les parages d'Égine, voici qu'un navire athénien arrive dans le port, toutes voiles dehors. Il porte Céphale, envoyé d'Athènes, qui vient demander de l'aide. Accueilli avec joie par toute la jeunesse d'Égine, Céphale est reçu par le roi Éaque. Céphale demande de l'aide. Éaque accepte l'alliance et met des troupes à sa disposition. Céphale est heureux de la réussite de sa mission, mais s'étonne que parmi tous les gens qui l'ont accueilli, beaucoup semble manquer à l'appel et bien des jeunes que lui, Céphale a connus jadis, ne sont pas là. Alors Éaque, en gémissant raconte la terrible peste d'Égine.
La peste d'Égine
Aigina avait été séduite par Jupiter et lui avait donné un fils : Éaque. C'est en souvenir de sa mère qu'Éaque donna à l'île d'Oinoppia, le nom d'Égine. Comme on s'en doute, Junon était furieuse d'avoir été une fois de plus trahie par son mari et encore plus furieuse, peut-être, que l'île portât le nom de sa rivale. Alors elle envoya une terrible épidémie qui ravagea la contrée. Contre la maladie, on fit appel aux médecins, mais l'art médical s'avéra impuissant et les médecins furent à leur tour atteints. L'épidémie s'étendit, tuant les hommes comme les bêtes.
Ce fut d'abord une chaleur lourde qui se développait en brouillard et nuée et rendait tout le monde abattu et découragé. Cela dura quatre mois lunaires. Puis le vent du Sud,
l'Auster, se leva. Le vent se répandit en souffles meurtriers, charriant des miasmes, infectant les sources et les lacs, tandis que des serpents atteints du mal souillaient les fleuves. L'infection s'infiltre partout. Partout, les hommes et les bêtes meurent. Des cadavres jonchent par milliers les routes, les champs et les villes, des cadavres que même les loups et les chiens et les oiseaux charognards ne touchent pas.
Éaque sacrifie aux dieux, mais lorsqu'il veut offrir un taureau à Jupiter, la bête meurt d'un coup sans le secours du couteau. Quand on cherche son foie pour y lire l'avenir, on ne trouve que quelques fibres, la maladie a rongé le foie comme elle ronge tous les viscères et les organes de ceux qu'elle atteint. L'épidémie se répand. Rien ne peut l'arrêter. Est-ce la fin d'Égine ?
La supplique à Jupiter
Éaque s'adresse à Jupiter. Il l'invective presque. Si vraiment tu as aimé Aigina, si vraiment tu n'as pas honte que je sois ton fils, alors rends-moi mon peuple. Sinon tue-moi. Un coup de tonnerre et un éclair annoncent que Jupiter a entendu la supplique.
Les fourmis
Là où Éaque avait invoqué Jupiter, se dressait un grand chêne et le roi voit à son pied d'interminables colonnes de fourmis, portant des fardeaux démesurés. S'étonnant de leur nombre et de leur force, il s'écrie « ô père bienveillant, donne-moi autant de citoyens ». Puis Éaque rejoint son palais désolé et vide.
La nuit, voici qu'Éaque fait un rêve étrange. Il voit des myriades de fourmis se dresser, perdre petit à petit leur forme première et devenir humaines. Éaque se réveille et s'étonne de sa vision, la réprouve. Mais le palais se mit à bruire de murmures, comme des voix humaines. Le fils d'Éaque, Télamon arrive en courant : « Père viens voir quelque chose qui dépasse toute espérance et toute croyance, sors ! »
Et une fois sorti, Éaque voit devant lui une foule d'hommes – rangée comme dans son rêve – qui le salue comme roi.
Les Myrmidons
Éaque nomme ses nouveaux sujets, les Myrmidons, ce qui en grec signifie fourmi, leur distribue les terres de son royaume vidées d'humains par la maladie. Éaque conclut son histoire en décrivant les mœurs de ses nouveaux sujets : ils restent pareils aux fourmis : sobres, durs au travail, âpres au gain et économes. Ce sont des hommes, tous égaux en âge et en valeur qui seront les soldats de l'alliance et qui partiront avec Céphale.
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