Mercure et Aglaure
Ovide, Les Métamorphoses, livre 2


Hersé
Après avoir transformé Battus en pierre, Mercure s'envole vers d'autres lieux. Le voici au-dessus d'Athènes, au-dessus des jardins du Lycée, un des plus célèbres gymnases de la ville. Nous sommes le jour des Panathénées et Mercure voit une procession de jeunes filles portant sur leur tête des corbeilles fleuries contenant les objets du culte de Pallas Athéna, Minerve. Parmi ces jeunes filles, il y a Hersé. Elle est d'une beauté sans pareil et figure comme le véritable ornement de la procession. Mercure se met à tourner autour des jeunes filles comme un aigle faisant des cercles autour de ses proies. À la vue, d'Hersé, il s'échauffe et il décide de venir sur terre pour la conquérir. Confiant dans sa beauté, il garde son apparence originelle et se contente de mettre de l'ordre dans ses vêtements et dans sa chevelure. Puis il se met en route vers la maison d'Hersé.

Aglaure
Aglaure, la sœur d'Hersé, aperçoit Mercure la première et lui demande qui il est. Mercure se présente comme le fils de Jupiter et lui dit qu'il vient pour Hersé. Il demande à Aglaure de favoriser ses amours. Aglaure accepte et pour prix de son entremise lui demande un monceau d'or.

Mais Minerve prend mal ce qui se passe car elle est en compte avec Aglaure qui l'a jadis trahie. La déesse se rend dans la demeure de l'Envie. À l'occasion de cette visite, Ovide nous livre une description de l'Envie, d'une telle force qu'elle mérite d'être entendue en entier.

La maison de l'Envie
Écoutons Ovide parler de l'Envie et nous montrer ce que voit Minerve quand la porte de la maison de l'Envie s'ouvre.

Elle voit à l'intérieur, l'Envie dévorant des chairs de vipère dont elle nourrit ses vices et, à cette vue, elle détourne ses yeux. Mais l'Envie se dresse paresseusement du sol, laisse là les corps de serpents à demi dévorés, et s'avance d'un pas nonchalant. La pâleur couvre son visage, son corps est décharné, son regard ne se porte droit nulle part, ses dents sont ternies par le tartre, son sein est verdi par la bile, sa langue baigne dans le poison, elle ignore le sourire sauf celui qu'excite la vue de la douleur ; elle ne goûte pas le sommeil, toujours tenue en éveil par de vigilants soucis ; mais elle assiste avec dépit, et ce spectacle la ronge, aux succès des hommes ; en déchirant les autres, elle se déchire elle-même et c'est là son supplice.

La jalouse
Alors Envie prend son bâton et se met en chemin. Quand elle arrive à Athènes, elle retient avec peine ses larmes car elle ne voit rien qui incite aux larmes. Elle entre dans la chambre d'Aglaure et pose sur le sein de la belle endormie, une main teinte de rouille et perce son cœur de pointes barbelées, lui insufflant ainsi un poison qui se répand dans ses poumons.

La métamorphose
Alors Aglaure devient jalouse du bonheur d'Hersé et de Mercure et se consume lentement. Elle décide d'affronter Mercure et de l'écarter. Ainsi fit-elle, tentant de le chasser, insensible à ses compliments et à ses cajoleries. Aglaure se sent envahie d'un froid mortel qui fige le flux de la vie en elle. La voici devenue statue exsangue, statue de pierre. Et la pierre n'était même pas blanche son âme l'avait salie, dit Ovide.


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