Ovide, Les Métamorphoses, livre 6
La mère
Niobé était la fille de Tantale, fils de Jupiter. Sa mère, Dioné, était la fille d'Atlas et son mari était Amphion, un fils de Jupiter aussi.
Elle avait donc de quoi être fière. Mais rien de cela ne comptait réellement à ses yeux. Son véritable sujet de fierté, son unique sujet de fierté, à vrai dire, était qu'elle était mère de quatorze enfants, sept fils et sept filles. Elle aurait pu être la plus heureuse des mères, mais elle n'avait de cesse que d'être reconnue par tous comme la mère par excellence. C'était comme une obsession pour elle.
Le culte de Latone
Aussi, quand Manto, la fille de Tirésias appela les foules au culte de Latone (Léto pour les Grecs) et de ses deux enfants, en offrant à Latone l'encens et les prières, et que tous, dans Thèbes, s'empressèrent d'obéir, Niobé surgit dans le cortège pleine de colère et apostropha la foule :
« Quelle folie de faire ce qu'on vous dit, de mettre les dieux dont on vous parle au-dessus de ceux que vous voyez. Regardez-moi, nulle part vous ne trouverez pareille richesse, pareille ascendance et ma beauté est celle d'une déesse. Et, moi, j'ai sept filles, autant de jeunes fils et bientôt autant de gendres et de brus. Quant à cette Latone, elle fut, enceinte, chassée de par la terre, ne pouvant accoucher nulle part. Et quand Délos l'accueillit, elle n'accoucha que de deux enfants, sept fois moins que moi ! »
La vengeance
Ainsi parla Niobé. Quand elle apprit ces paroles, Latone, indignée par l'insulte, fit venir ses deux enfants Apollon et Diane et leur demanda de réparer ce sacrilège. À peine eut-elle dit cela qu'Apollon et Diane partirent pour Thèbes.
La mort des enfants de Niobé
Là, un à un les deux dieux tuèrent les fils de Niobé. Tous périrent par les flèches de Diane et d'Apollon.
Quand elle apprit son malheur, Niobé fut stupéfaite, atterrée. Jamais, elle n'aurait cru que les dieux avaient un tel pouvoir, une telle audace. Elle se coucha livide sur les cadavres de ses fils pour leur prodiguer les dernières caresses d'une mère. Puis se relevant, elle apostropha le ciel : « Repais-toi cruelle Latone, rassasie ton cœur sans pitié. Mais, tu n'es pas victorieuse et dans mon malheur je te suis encore supérieure, il me reste plus qu'à toi dans ton bonheur. Après tant de deuils, c'est encore moi qui l'emporte ». Niobé pensait alors aux sept filles qui lui restaient.
Mais, ce fut le tour des filles de Niobé. L'une après l'autre, elles moururent. Niobé supplia qu'on lui laisse au moins sa dernière fille. Mais pendant qu'elle suppliait le ciel, l'enfant mourut.
La métamorphose
Désormais, sans enfants, seule, au milieu des cadavres, Niobé est devenue comme insensible à toute chose, il n'y a plus dans sa personne rien de vivant. Jusqu'au fond de ses entrailles, elle est devenue pierre et, enveloppée par un vent violent, Niobé est emportée au sommet d'une montagne et là elle fond en eau. Le marbre dont elle est faite maintenant ruisselle aujourd'hui encore de larmes.
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