Ovide, Les Métamorphoses, livre 1
L'histoire du laurier
Lorsque Apollon créa les jeux pythiens en souvenir de sa victoire sur le serpent Python, les jeunes victorieux recevaient une couronne de feuilles de chêne et non pas de laurier comme bientôt ce sera la coutume. Il y a à cela une bonne raison, c’est que le laurier n’existait pas encore. L’histoire du laurier est celle de Daphné.
Daphné était la fille du dieu-fleuve Pénée et elle fut le premier amour d'Apollon qu’Ovide appelle Phœbus. Apollon ne tomba pas amoureux de Daphné par hasard, mais dans des circonstances bien particulières.
Cupidon
Un jour, Apollon tout enivré de sa récente victoire sur Python aperçut Cupidon ajuster la corde de son arc en en courbant les extrémités. Le dieu se moqua gentiment du jeune homme lui demandant ce qu’il pouvait bien faire avec un arc, une arme qui ne convient qu’à lui Apollon, le héros du combat contre Python.
Et puis il conseille à Cupidon de s’occuper de suivre la piste de l'amour et de laisser le combat à de vrais héros. Cupidon fut horriblement vexé et rétorqua à Apollon qu’avec son arc, il atteindrait Apollon lui-même et que le renom de cet acte effacerait celui d’Apollon. Puis, Cupidon s’envola gracieusement et se posa sur la cime du Parnasse. Ensuite il tira deux flèches aux effets différents ; l’une faisant naître l’amour et l’autre le mettant en fuite. La flèche qui rend amoureux fut pour Apollon et celle qui fait naître la fuite pour la nymphe Daphné.
Une fois que les flèches ont atteint leur but, les jeux sont faits. Apollon tombe éperdument amoureux de Daphné et celle-ci se met à fuir tout aussi éperdument Apollon et sa passion amoureuse. Elle se cache au fond des forêts, refuse toute approche, demande à son père de lui accorder la grâce d’une éternelle virginité. Et pendant ce temps, Apollon brûle de passion pour la nymphe, la cherche en tout temps et en tout lieu et quand il lui arrive de la voir, la vision de sa beauté accroît encore son amour et son désir. Apollon supplie la nymphe d’arrêter sa course. Mais toujours, Daphné apeurée se dérobe. Elle fuit, elle fuit et Apollon se lance sur ses traces ; c’est une véritable chasse qui s'engage où Daphné est le gibier et Apollon le chasseur.
La métamorphose
Apollon gagne sur elle. Daphné à bout de souffle se fatigue, Apollon va pour la saisir, déjà il frôle le dos de la nymphe. Alors Daphné dans une supplique désespérée demande à son père de la transformer, de lui faire perdre cette apparence qui lui vaut tant de malheur parce que trop plaisante.
Aussitôt sa supplique achevée voici qu’une torpeur engourdit Daphné, que sa poitrine se couvre d'une mince écorce, que sa longue chevelure devient feuillage, ses bras rameaux, ses pieds racines, que son visage se perd en frondaison. Apollon la saisit, croit la saisir mais c’est un arbre qu’il serre dans ses bras. Un arbre sous l’écorce duquel il sent battre un cœur. C’est un arbre qu’il couvre de baisers. Apollon alors se rend à l’évidence. Daphné est devenue laurier. Alors le dieu fera de celle qu’il ne pourra jamais épouser son arbre dont le feuillage ornera sa tête, sa lyre, son carquois. Toujours, en toute saison, dit-il, tu conserveras ta parure de feuilles.
Et le laurier fit imperceptiblement un signe d’assentiment : il remua sa cime comme une tête.
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