La Genèse
Agar et Ismaël
Malgré la promesse divine, Saraï est sceptique : comment pourra-t-elle enfanter en son grand âge, alors que toute sa vie, elle s’est montrée stérile. Comment dans ces conditions peut se réaliser la promesse de faire de la postérité d’Abram, une population aussi nombreuse que les étoiles ou les grains de sable.
Alors Saraï propose à Abram de faire un enfant avec Agar, sa servante égyptienne. Cette proposition s’inscrit dans la tradition régionale et le code d’Hammourabi en fait état : lorsque l’épouse est stérile, le mari pouvait demander à sa femme de choisir une servante ou une esclave pour faire un enfant.
Enceinte, et toute fière de l’être, Agar se moque de Saraï qui la chasse dans le désert. Un ange, que la jeune femme trouve auprès d’un puits, lui conseille de rentrer et de s’humilier devant ses maîtres. Agar accouchera d’un fils, Ismaël.
Le chêne de Mambré
Voici que le destin se précise : Dieu réitère ses promesses et change le nom d’Abram en Abraham qui signifie « père de multitude » et celui de Saraï en Sarah que signifie « princesse ». Dans une société traditionnelle comme celle des nomades des premiers temps bibliques, le changement de nom est lourd de sens, il est une sorte de nouvelle naissance, d’une nouvelle vie, d’une rupture avec le passé. C’est seulement après cette rupture qu’Abraham et Sarah pourront avoir un enfant, l’enfant de la Promesse. Nous retrouverons l’importance symbolique du changement de nom plus tard, quand Dieu changera le nom de Jacob en celui d’Israël. Dans le même temps du changement de nom, Dieu demande à Abraham de se circoncire ainsi que tous les siens en signe d’alliance. Nous sommes bien à l’aube d’un temps nouveau.
Le temps passe et, un jour qu’Abraham est assis dans son campement sur le seuil de sa tente, dans la vallée de Mambré, il voit debout sous un chêne trois hommes qu’il prend pour des voyageurs. Il se prosterne devant eux, fait apporter de l’eau pour leur laver les pieds, ordonne à ses serviteurs d’apprêter un veau et à Sarah de préparer des gâteaux. Il y ajoute lui-même de la crème et du lait. En agissant ainsi, Abraham ne fait que se conformer à la coutume orientale qui voit en chaque visiteur comme un messager de Dieu, symboliquement reçu comme tel.
Mais, ce jour-là, à Mambré, le symbole devient réalité : Dieu lui-même et deux de ses anges visitent Abraham. Dieu annonce au couple la naissance d’un fils. Sarah éclate de rire. L’un des anges la réprouve en lui disant « rien n’est impossible à Dieu ». Et effectivement, un fils naîtra l’année suivante, un fils qui sera nommé Isaac, c’est-à-dire « le fils du rire ».
Isaac
Isaac est né. Sarah, inquiète pour l’héritage de son fils, use de toute son influence sur Abraham pour qu’il chasse Agar et son fils Ismaël. Abraham finit par y consentir et Dieu lui promet de protéger la mère comme le fils. Abraham donne à Agar une outre pleine d’eau et du pain et Agar part dans le désert. Le chemin est long et les provisions s’épuisent. à bout de forces, de soif et de faim, Agar, désespérée, finit par poser Ismaël à terre et s’éloigne de lui, « à une portée d’arc » pour ne pas entendre les cris et voir son enfant mourir. Un ange entend les cris de l’enfant et apparaît à Agar. Il lui indique l’emplacement d’un puits. La mère et l’enfant sont sauvés. Ils s’établiront dans le désert.
Isaac grandit et Dieu, pour éprouver la foi de son serviteur, commande à Abraham de lui sacrifier Isaac, ce fils unique et tardif. Abraham n’hésite pas. De bon matin, il selle son âne, coupe du bois pour le sacrifice et gravit la montagne avec Isaac et deux serviteurs. Trois jours plus tard, il aperçoit le sommet que Dieu lui désigne comme le lieu du sacrifice. Il le gravit seul avec l’enfant qui s’étonne de ne pas voir de bête à sacrifier. Dieu y pourvoira répond Abraham. Lorsque l’autel est dressé, l’enfant attaché dessus, un ange arrête la main du sacrificateur. Abraham aperçoit alors un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il détache son fils et sacrifie le bélier. Puis il redescend avec ses serviteurs.
Dieu, satisfait de l’obéissance d’Abraham, preuve d’une foi sans défaut, le bénit et lui rappelle les promesses qu’Il lui a faites. Cet épisode du sacrifice d’Isaac, peut aussi être compris comme l’évocation d’une coutume très ancienne qui consistait à sacrifier les premiers-nés. Ainsi à Guer, un des lieux cultuels de Canaan, on a retrouvé un grand nombre de jarres contenant des squelettes de petits enfants, dont presque tous avaient moins de huit jours. La scène devient alors le signe d’un changement de conception au sein d’une culture, le refus de l’holocauste humain.
La fin d’Abraham
La vie d’Abraham se déroula, après la période fondatrice que nous venons d’évoquer, de manière paisible. Il s’installa dans le Sud, près du puits de Bersabée, dont Abimélech, par un traité solennel, lui avait accordé l’usage pour lui et les siens. Puis, il remonta à Mambré, comme si cette région, qui vit accomplir son destin était restée dans le cœur du vieillard.
Comme nous le verrons, il maria son fils selon ses vœux, perdit, dans son grand âge, sa femme Sarah, qu’il fit enterrer, selon la coutume cananéenne, dans une caverne près de Mambré. Plus tard, c’est là qu’Abraham fut lui-même enterré et, plus tard encore, tous les patriarches. Aujourd’hui, près d’Hébron sur le tombeau des patriarches, s’élève une des mosquées les plus vénérées de l’islam, la mosquée de Macpéla.
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